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Publié le 1 Juin 2016

Ceux qui restent, Coup de coeur

Merci à Babelio et aux Editions Stock pour la découverte de ce livre.

De Marie Laberge, éditions Stock, sortie le 04 mai 2016, roman.

Résumé :

En avril 2000, Sylvain Côté s’enlève la vie, sans donner d’explications ni à sa famille ni à ses amis. Il ouvre une trappe sous chacun des siens. Ce garçon jeune à qui tout semble réussir disparaît et nul ne comprend.
Des années plus tard, sa femme Mélanie s’accroche à leur fils Stéphane, aujourd’hui devenu un fier jeune homme qui s’égare ; son père Vincent est parti vivre près des arbres muets ; sa mère Muguette a laissé échapper le peu de vie qui lui restait. Seule la si remuante et désirable barmaid Charlène, sa maîtresse, continue de lui parler de sexe
et d’amour depuis son comptoir.
Ce n’est pas tant l’intrigue, si bien menée dans ce suspense psychologique, qui fait la puissance hypnotique du roman de Marie Laberge. Écrivain et dramaturge, elle joue à mettre en scène. Elle place l’absence de Sylvain, présente jusqu’à la douleur, au centre d’une ronde des ses personnages, qui parlent, se déchirent, s’esquivent, dans une langue chahutée, turbulente, hérissée comme une bête, qui charrie les émotions et les larmes, les soleils et les banquises, atteignant le lecteur au cœur.

Mon avis :

Sylvain s’est suicidé. Il n’a pas laissé de mot expliquant son geste, son comportement des derniers jours ne donnaient pas à penser qu’un tel geste allait survenir. Maryline-Lise, son épouse, Vincent, son père, Charlène, sa maîtresse prennent tour à tour la parole et évoque les souvenirs avec Sylvain : son enfance, leur rencontre, leurs ébats. Ils se posent bon nombre de question sur les raisons qui l’ont conduit à ce geste.

Il y a son fils, à qui Maryline-Lise ne parvient pas à dire la vérité, qui grandira sans son père. Vincent devient alors une figure masculine importante, passant du temps avec eux, sans questionner, sans passer son temps à revenir sur cette perte tragique. Sa vie a été entachée par la solitude très tôt : elle a été élevée sans père ne sachant qui il était. Ses conditions de vie n’étaient pas roses avant la rencontre avec Sylvain. Ils se mariaient lorsqu’elle tomba enceinte.

Son père Vincent se raccroche et essaye de comprendre. Il va jusqu’à rencontrer chaque personne qui a fait partie de la vie de son fils, il posera des questions, tentera de trouver des raisons pouvant expliquer ce geste.
Charlène est plus écorchée dans son discours, l’auteure utilisant un québécois parlé et parfois vulgaire. On se rapproche de sa souffrance, tant elle tente de la mettre loin d’elle.

Sa mère, perdue depuis son décès n'est plus elle même. Elle ne se raconte pas, son mari s'en charge pour elle, le narrateur également.


Face au suicide d’une personne proche, sans mot ni explication, les interrogations finissent par abreuver le quotidien : pourquoi a-t-il fait ça ? La famille et les amis se trouvent désemparés. Mais chacun a sa propre façon de réagir face à ce deuil brutal. Aussi difficile que la perte de l’être aimé, le silence entourant sa disparition provoque des sentiments divers chez chacun : culpabilité le plus souvent des cas, colère, incompréhension.

Commencer un roman par : « Tu baisais comme un enragé, comme une bête enragée. Ça me convenait. Disons que les minou-cheries, C’était pas ton genre. A l’époque, je me posais pas de questions. Je voulais juste être sûre que je faisais bander »… C’est un peu rude. Et pourtant ! Lorsque Charlène prenait la parole, je comprenais qu’elle ne faisait pas semblant, pas de chichi, elle parlait comme elle vivait. Le parlé québécois comme je l’ai souligné plus haut et le langage parfois vulgaire donne une couleur différente lorsqu’elle prend la parole. On navigue entre ce phrasé et la souffrance lorsque son père prend la parole.


Le grand absent est un personnage central.

Sylvain est le grand absent du livre, mais il en est également l’un des personnages principaux. On découvre sa vie au fil des pages racontée par son épouse, son père, sa maîtresse. On le devine, sans jugement, mais toujours dans une incompréhension latente. Il est l’élément qui déclenchera le chamboulement de plusieurs vies. Dont celle plus particulièrement de sa maman qui perd ses repères et sa raison progressivement.


Une écriture haute en couleur.

Je découvre le style de Marie Laberge. Je n’en suis pas déçue, n’étant pas habituée aux lectures plus « crues », j’ai été choquée, interloquée, surprise, méfiante, attendrie, stupéfaite, peinée, abasourdie… Bref, j’ai vécu le roman en passant par différentes couleurs émotionnelles. L’effet de nouveauté pour moi sans doute, mais aussi ces personnages simples, parlant du quotidien, exprimant juste ce qu’ils sont et ressentent. Les livres ne doivent pas être uniquement des livres incroyables avec des histoires grandioses. Parfois, le quotidien est tout aussi riche.


L’humain.

Au centre de toutes cette histoire, les relations humaines sont mises en avant : les liens qui se nouent, les incompréhensions que l’on oppose, mais surtout la vie après ce drame : Ceux qui restent, que font ils de leur vie ? Il faut la poursuivre, mais lorsque la raison du geste est inconnue, la frustration est grande. Mais la leçon de vie également.


Un coup de cœur pour les émotions qu’il m’a fait vivre.

En bref :

Coup de cœur ❤💕. Un livre qui est plus qu'un livre. Découvrir dès le départ cette prose atypique. Je n'y suis pas habituée et j'ai adoré. Ce rythme, ces vies qui se croisent et qui ont de commun cette incompréhension et cette souffrance de perdre quelqu'un... que dire aussi de tous ces sentiments exprimés de façon si bruts et si réels. Marie Laberge a malmenée mes sentiments et mes émotions avec délice. On y parle d'amour, on y parle de perte et on y parle de la VIE.

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Rédigé par Sabrina.

Publié dans #Littérature Roman

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Publié le 17 Mai 2016

Le monde sensible

Merci à Lecteurs.com ​pour leur concours et m'avoir permis de découvrir ce livre.

De Nathalie Gendrot, éditions de l'Olivier, janvier 2016, Roman, Douleur.

Résumé :

Delphine navigue sur les océans et rencontre des monstres marins. Elle fait des équations, des calculs, établit des courbes. Elle croise une femme en robe couleur de Soleil et une femme en robe couleur de Nuit. Toutes deux sont en réalité les infirmières qui se relaient à son chevet. Les chiffres, eux, désignent les variations de la douleur. Et la navigation commence quand la morphine coule dans ses veines. Car Delphine est hospitalisée à la suite d’un accident. Et Morphée est devenu le centre de ses désirs et de ses rêves.

Le Monde sensible raconte ce voyage intérieur. Il n’est pas certain que la narratrice souhaite en revenir.

Mon avis :

Delphine est géographe, et rencontre trois jours plus tôt Elvin. Les regards échangés puis une danse plus tard, ils décident de se revoir. Ce soir-là, elle le voit sur le trottoir d'en face, elle court, traverse, et ce fut le choc : Delphine se fait renverser par une voiture. Elle voulait arpenter la planète, la connaître dans ses moindres recoins malgré sa peur.
Le réveil se fait dans un entre deux, un moment où le corps est une masse inerte que nous ne savons plus faire bouger. Elle se reconnecte à la réalité avec lenteur. Elle connaît le flou, les bruits perçus sans les reconnaître, et ce jeu de deviner ce qui se passe plus loin. Fermer les yeux et les ouvrir. Être trop faible pour rester éveiller, trop faible pour dormir. Elle découvre cette échelle verbale de la douleur, de 0 à 10, et ces chiffres qui la suivront tout au long de son séjour à l'hôpital.

Le résumé de ce livre résonnait en moi. L'envie de découvrir ce qui se cachait derrière cette hospitalisation. J'ai été surprise, choquée, interloquée, triste de lire entre ces pages des moments que j'ai vécus. M'y replonger a été chargé d'émotion.

L'hospitalisation et cette blouse qui infantilise, ce "on" impersonnel qui nous enlève notre identité. Ces fils entrants et sortants de notre corps, causant honte, brulure, gène. Et cette douleur, qu'une échelle jusqu'à 10 ne suffit pas à décrire. Pourtant, la description de ce milieu est neutre : elle explique et décrit les événements qui rythment une journée. Elle explique les passages, les regards, ce qu'on dit aux patients, ce qu'on garde pour la famille. Ce non-dit permanent. Cette douleur qui accompagne le corps. Elle donne de la vie à sa plaie, lui donne un souffle, lui donne la parole. Celle-ci s'exprime et se rappelle à sa mémoire.
Il y a également ce rapport à la Morphine et Morphée. Celui-ci chez qui elle plonge volontiers pour reposer le corps et la tête. Cette douleur qu'elle essaye de feindre, de ne pas lui donner de l'importance pour l'empêcher de l'atteindre.

L'écriture de l'auteur est marquée, fait de phrases courtes, de chapitres courts donnant un rythme. On suit une ligne chronologique, de l'accident, à l'hôpital et ainsi de suite. Le premier roman de Nathalie Gendrot m'a émue pour la proximité avec mon vécu. Mais j'y aurais souhaité plus de rage : beaucoup de tristesse, mais aussi de l'espoir.

En bref :

Un premier livre qui m'a émue, exposant avec neutralité les moments rythmant une hospitalisation. Une écriture fluide permettant au lecteur de suivre les ressentis du personnage.

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Rédigé par Sabrina.

Publié dans #Littérature Roman, #Littérature Douleur

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Publié le 16 Avril 2016

Ta façon d'être au monde

De Camille Anseaume, aux éditions Kero, Roman, Drame, 2016

Résumé :

Elles sont amies d’enfance. L’une est inquiète, rêveuse, introvertie ; l’autre est souriante, joyeuse, lumineuse. Ensemble, elles grandissent, découvrent la vie, l’amour. Jusqu’à ce qu’un drame bouleverse le monde qu’elles se sont bâti... Un roman poignant sur l’amitié, le deuil, et sur ce point de bascule irréversible qui sonne la fin de l’insouciance.

Mon avis :

« Elle » est une jeune fille qui vit dans un monde qu'elle ne perçoit pas forcément comme les autres. Elle se sent « différente », malgré son entourage, malgré les plaisirs de la vie. « Elle » est souvent inquiète de son monde, de ne pas faire les choses bien, de ne pas être à la hauteur. Très jeune, une certaine culpabilité s’est emparée d’elle sans plus la quitter. Se sentant comme responsable de quelque chose, sans savoir ce que c’était.


« Tu », c’est celle qui devient son amie, celle avec qui elle va évoluer, jouer, changer. « Tu », comme « Elle », n’a pas de nom. Progressivement, leur amitié évolue, devient plus forte, et « Tu » deviens le modèle qu’« Elle » aimerait suivre. « Tu » est belle, fière, a confiance en elle et au monde.
Ta façon d’être au monde raconte l’amitié qui naît de ces personnages. Naît de ce choix une impression d’immuabilité, mais également d’intemporalité. Elles sont toutes deux différentes, l’une plus introvertie que l’autre, cherchant à devenir son modèle, sa référence dans ce monde qu’elle n’arrive pas toujours à comprendre ou à maîtriser. Elles grandissent, et cette amitié se transforme. Leur complicité s’épanouit, jusqu’au groupe d’amis qu’ils vont former plus tard. Ces liens qui se tissent et se renforcent avec le temps.


Ce livre est différent dans le style que le précédent livre de Camille Anseaume. On retrouve toute sa sensibilité, sa pudeur et son tact, mais on plonge dans un univers mélancolique. Il y a même un certain malaise qui s’installe au début de la lecture, dû au choix de parler des personnages en « elle » et « tu », choisissant de ne pas révéler leur identité. On avance dans leur monde, on les suit, on les regarde, comme un voyeurisme choisi.

Cette mise à distance de l’identité n’empêche pas à l’auteur de dresser de façon complexe les sentiments des personnages : sans tournures alambiquées, ces sentiments sont très terre-à-terre et n’empêchent pas le lecteur de les imaginer évoluer : une souffrance caractérise « elle », qui devient, dans la seconde partie du récit « Je ». Celle-ci est masquée aux regards des autres, et le personnage tente de mouler sa vie à celle de « Tu » pour maintenir son équilibre de vie, parfois précaire. « Elle » est si peu sur d’elle qu’à certains moments, on aimerait lui dire de se réveiller et de voir le monde sous un angle différent.

Dans leur groupe d’amis, une fois devenu jeunes adultes, elles évoluent, l’une face à l’autre, « Elle » faisant toujours de « Tu » son modèle et sa référence. Jusqu’au drame qui vient bouleverser le groupe et le couple d’amies. Camille Anseaume ne laisse pas son lecteur de côté et l’entraine avec ce groupe, avec douceur et poésie face à la perte.


Un frisson d’enfermement, dans l’univers d’ « Elle ».


Comme indiqué plus haut, on retrouve dans ce livre le charme de l’écriture de Camille Anseaume : sans précipitation, elle dresse un portrait humain, avec ses travers, sans essayer de « mentir » à son lecteur : la réalité, c’est aussi cela : des vies déchirées, mornes et tristes. Mais pour cette histoire, le rythme est lent, monotone : sans timbre ni musicalité, on est directement plongé dans la tête d’ « Elle » pour qui le monde n’est teinté que de nuances de gris. C’est ce qui m’a le plus perturbé durant la lecture, cette impression d’être sur un bateau, sans vent pour souffler dans les voiles.

En second lieu, il y a cette atmosphère d’enfermement, de huit clos. Malgré l’entourage qui revient de façon régulière, on est toujours face aux deux personnages, à leurs choix ou à leurs indécisions.
Le rythme lent et la sensation d’enfermement ne m’avaient pas préparée à la fin qui est venue comme une bourrasque en plein visage. Rien que pour cela, j’ai pris un plaisir incroyable à m’être fait balader d’une sensation à l’autre, m’obligeant à relire les dernières pages pour être sur de ne pas être passée à côté de quelque chose.

L’insouciance de la jeunesse est précise et permet aux enfants de s’épanouir, de grandir, protégés par leur famille, leur monde imaginaire parfois lors des jeux. Une fois adulte, les tourments et douleurs que l’on peut ressentir sont nombreux et les difficultés que nous devront surmonter bien davantage. Mais lorsque glisse dès la prime enfance ces sensations d’être incomplet, incompris, grandir devient un obstacle à lui seul. C’est un peu cette « morale » que je retiens de ce livre, dont je regrette le rythme, mais que je pardonne en fermant ses pages.

En bref :

A lire, à découvrir et s'émouvoir, sans s'arrêter au rythme du tète. Une façon poignante de nous rappeler le précieux de la vie.

Citation :

« C’est l’heure du départ, la fin de l’été. Il faut rentrer. Dans la chambre, je reste transie, incapable de bouger. C’est l’angoisse et les regrets qui me paralysent. Je comprends que je n’ai pas pris le temps de défaire mes valises, ni même de regarder à la fenêtre. Maintenant que je réalise qu’on y voit la mer, il est temps de m’y arracher. Le séjour est passé sans moi. J’étais là, et je ne le savais pas. J’en conçois aujourd’hui une tristesse et une culpabilité infinies, sans commune mesure avec les faits. Tu connais ce rêve étrange que je t’ai souvent décrit. Il m’a hantée chaque nuit pendant des années. Et puis un jour je ne l’ai plus fait. Ce jour-là, j’ai compris que l’été avait duré vingt-six ans. » (Sur la 4ème de couverture).

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Rédigé par Sabrina.

Publié dans #Littérature Roman, #Littérature Drame

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Publié le 11 Avril 2016

Trésor, Coup de coeur

Merci aux Editions Envolume et à Aude MONNOYER de GALLAND pour l'envoi de ce livre.

De Alecia McKenzie, éditions Envolume, Roman, à paraître le 10 mai 2016.

Résumé :

Téméraire, butée, rebelle. Dulcinea Evers, jeune peintre coqueluche de New-York, vient de mourir. Mais qui était-elle vraiment ? Au lendemain de ses funérailles jamaïcaines, c'est sa meilleure amie Cheryl qui est chargée de ramener la moitié de ses cendres aux Etats-Unis. Détient-elle la clef de son histoire ?
Tour à tour, ceux qui ont traversé la vie de Dulci s'adressent à elle pour dessiner en creux le portrait dune femme flamboyante… et résolument libre.

Mon avis :

Nous débutons ce voyage au côté de Cheryl qui commence par une phrase qui nous plonge directement dans le vif du sujet :"Cho, Dulci, tu ne pouvais pas te faire enterrer comme tout le monde?".

Dulcinea Evers est décédée des suites d'une maladie. Elle a fait promettre à son amie que ses cendres seraient versées aux deux endroits qu'elle a le plus aimés au monde : sa terre natale, La Jamaïque, et New York. Tenant sa promesse, Cheryl décolle de Kingston vers New York. Durant tout son voyage, elle raconte, en flash back, ce qui a été la vie de Dulcinea, la sienne. Comment elles ont grandi et se sont connues. Comment Dulci est devenue artiste peintre, évoquant son pays et ses racines par des tableaux vifs et puissants. Comment leur amitié a tenu, jusqu'au bout, malgré les différences et la distance.

Dans ce livre, tour à tour ce sont les personnes qui ont côtoyé Dulcinea qui la racontent, évoquant les souvenirs tristes et joyeux, dressant le portrait d'une femme libre, insoumise, dont la capacité à voir le monde les yeux grands ouverts est forte. Les hommes qu'elle a connus et qui se rejoignent dans la description de leur relation respective. Des parents qui connaissent leur fille, mais qui ne se doutent guère de tout ce qu'il y avait derrière la toile de son identité.

Enfin, Cheryl, fil conducteur de l'histoire, reliant les uns aux autres, un pont entre Kingston et New York. Mais au delà de l'histoire de Dulcinea, ces personnes se racontent, en proie au questionnement intérieur et aux interrogations inhérentes aux rôles de parent, d'amis, d'amants. On découvre cette famille, ces liens fragiles, mais forts. Jusqu'à l'épilogue.

Qui suis je ? Qui suis je vis-à-vis des autres?

En découvrant la 4ème de couverture, j'ai été enchantée de me dire qu'il s'agira d'une recherche identitaire : dresser le portrait de quelqu'un est un art lorsqu'il s'agit de peinture, mais lorsqu'il s'agit de révéler l'essence de ce qu'était la personne, cela devient impalpable. Je pensais découvrir la lutte d'une personne pour se frayer un chemin dans le monde, "faire sa place" et la garder.

Pages après pages, on est pris par la houle, tenu par la main de Cheryl qui nous raconte son histoire et celle de son amie. Nous découvrons progressivement tous les secrets que recèle cette famille, toute la complexité des liens qui les unissent. Et pourtant! Pas à un seul moment je n'ai été heurtée ou blessée. Je les ai suivis, compris dans leur démarche respective.

Le talent d'Alecia McKenzie est prenant : Cheryl dresse dans le premier chapitre un portrait nuancé. Elle aborde différentes problématiques sans forcément donner de réponse. Mais peu à peu, lorsque chaque protagoniste prend la parole pour raconter son histoire avec Dulcinea, reprenant de ce fait sa propre histoire, chaque nœud est dénoué. Jusqu'à la dernière page, nous sommes tenus en émoi. Jusqu'à la dernière page, l'histoire se raconte et se vit.

L'écriture, une palette colorée.

C'est en refermant le livre que je me suis rendu compte que je ne l'ai pas lâché. Je n'ai ressenti ni ennui ni lassitude. L'écriture d'Alecia McKenzie est riche, sans être pompeuse. J'ai lu sans lire, comme si je recevais les confidences d'une amie alors que nous nous promenons.

Le lien avec l'art est omniprésent durant le livre. Lorsqu'un personnage parle de Dulcinea, il lui demande comment elle peindrait différentes scènes de sa vie. En lisant le descriptif, je voyais le tableau se peindre sous mes yeux, attiré par les détails que donnait l'auteur, revenant à l'ensemble avant de retracer les lignes plus délicates. J'ai souri, car je visitais une galerie que mes yeux n'avaient pas observées. Un plaisir pour les sens.

La Jamaïque est un pays dont je connais assez peu l'histoire. Les explications données par l'auteur permettent de mieux comprendre les comportements de chacun : le maillage est ainsi complet car une histoire de vie n'est pas uniquement le fait d'événements familiaux, mais se créent en parallèle des événements de notre lieu de vie.

Se plonger dans un livre est une aventure. Mais dès le départ, j'ai été accompagnée, et cette image reste en moi : Cheryl me tenant la main pour me raconter leur vie.

Merci aux éditions Envolume pour la découverte de cet auteur dont il me tarde de découvrir les autres ouvrages. Ce "Trésor" a été un petit bijou à découvrir. ​

A paraître le 10 mai 2016.

En bref :

Un coup de cœur pour une auteur que je découvre, qui m'a chamboulée par ses mots, et m'a fait découvrir une partie de l'histoire de la Jamaïque

👍💕💋

Broché: 182 pages
Éditeur : Envolume
Date de sortie : 10 mai 2016
Collection : LITT.GENERALE
Langue : Français
ISBN-13: 978-2-37114-039-4
16 €

Trésor, Coup de coeur

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Rédigé par Sabrina.

Publié dans #Littérature Contemporaine, #Littérature Roman

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Publié le 20 Mars 2016

Petites scènes capitales

De Sylvie GERMAIN, aux éditions Albin Michel, Roman, 2013

Résumé :

« L'amour, ce mot ne finit pas de bégayer en elle, violent et incertain. Sa profondeur, sa vérité ne cessent de lui échapper, depuis l'enfance, depuis toujours, reculant chaque fois qu'elle croit l'approcher au plus près, au plus brûlant. L'amour, un mot hagard. »
Pour cette rentrée littéraire 2013, l'avant Mai 68 puis sa traversée font irruption dans l'’œuvre de Sylvie Germain.
Comme une tapisserie de légende, les fils de l'intime et du tragique se tissent en Petites scènes capitales, qui du berceau jusqu'à la mort disent l'infini bonheur d'être au monde, fût-ce au prix de douleurs difficiles à endormir.
L'élève de Levinas raconte Lili, ses parents, sa belle-mère, ses sœurs et frère par alliance, etc., guidée par ce qu'un autre disciple de Levinas – Alain Finkielkraut – dénomme La sagesse de l'amour.
Telle celle d'une tragique grecque des temps modernes, sa plume inspirée conduit jusqu'à une magnifique catharsis.

Mon avis :

Qui est Lili?

Jeune fille vivant avec son père, sa maman les quitte vers 11mois et meurt quelques années plus tard. Son père décide de refaire sa vie et se marrie à un ancien mannequin : Viviane. Celle ci a déjà quatre enfants, Jeanne Joy, les jumelles Chantal et Christine, et Paul. Qui dit nouvelle famille dit nouvelle façon de vivre : partager son quotidien, ses affaires, les fêtes et les attentions. Progressivement, Lili se pose des questions sur qui elle est, ce qu'elle est aux autres et ce qui la lie à eux.

Lili grandit tant bien que mal ballotée par les différentes scènes qui vont marquer son existence : la mort de sa grand mère, les enfants qui quittent le foyer familial, les crises difficiles à cerner de Viviane, la disparition d'une personne, et sa quête d'identité qu'elle tente de garder en cap. Elle n'ose poser des questions de front à son père, se perd parfois en supposition, mais se laisse habiter par cette inconstance des sentiments : tristesse, mélancolie viennent doucement perdurer dans la lecture : on sent à la fois son indignation mais son dépit face à sa réalité identitaire. Elle se laisse aller aux aléas de sa vie, victime parfois des faits.

En partant pour Paris pour ses études, elle prend le prénom de Barbara. Là encore elle essaye de prendre possession de qui elle est.

Tout au long du récit, Sylvie Germain nous offre des "petites scènes capitales" de la vie de Lili, dont l'un des évènements majeur est cette mort, provoquant davantage de tumulte, de l'incompréhension.

Il est difficile de résumer un tel livre car ces petites scènes se succèdent, se ressemblent, renferment parfois autant d'incompréhension que de justesse. A la fois profonde et sensible, la plume de Sylvie Germain touche la corde sensible de l'identité avec tact, mais réalisme. Elle exprime tout au long de ce roman la complexité de ce que nous sommes : pluriel et malgré tout unique, nous sommes ce que le passé à fait de nous. Nous sommes l'héritage de notre famille, et des événements que l'on a rencontré.

J'ai aimé suivre Lili. J'ai été attachée à son embarras, à sa tristesse et parfois même à une certaine forme d'affliction. La vie qu'elle mène n'est qu'une quête pour se trouver elle même, parfois sans chercher de l'aide extérieure. J'ai eu cette impression parfois à juste titre, qu'elle n'allait pas au bout de ses recherches, s'arrêtant sur des faits sans vouloir se les expliquer.

On ne lit pas le livre, on le vit car on ressent, on touche au quotidien de Lili. L'auteur parvient grâce à une palette de sensation à faire vivre la lecture.

Les chapitres sont fragmentés, comme des morceaux de vie. Mais ils auraient plus être encore plus disparates, faisant des retours en arrière. Mais la construction du livre est telle qu'on ne plonge pas dans le drame et le pathétique. Au contraire, malgré la vie donnée au livre, on reste observateur d'une vie qui va à la recherche de son essence.

En bref :

Une lecture riche en émotion et en introspection... Au final, sa seule volonté que l'on a est de découvrir tout comme elle : Qui est Lili.

Broché: 256 pages
Éditeur : ALBIN MICHEL
Date de sortie : 21 août 2013
Collection : LITT.GENERALE
Langue : Français
ISBN-10: 2226249796
ISBN-13: 978-2226249791
19 €

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Rédigé par Sabrina.

Publié dans #Littérature Roman

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Publié le 17 Mars 2016

Le crime du comte Neville

d'Amélie Nothomb, Albin Michel; roman, 2015

Résumé :

Cette année, Amélie Nothomb fait sa rentrée avec un conte de fées virant à la tragédie grecque. "Le crime du comte Neville" raconte l'histoire d'une jeune châtelaine mal dans sa peau, qui cherche à se faire assassiner par son père, pour aider ce dernier à réaliser sans dommages la prédiction d'une voyante rencontrée à l'issue d'une fugue qui n'en est pas une.

Mon avis :

Amélie Nothomb évoque l’histoire d’un noble ayant perdu sa fortune, rendu fou par la prédiction d'une voyante chez qui il s'est rendu pour retrouver sa fille qui a fuguée. Celle ci lui annonce qu'il tuera quelqu'un le jour d'un grande réception, lui en donnant également la date.

Il ne put croire au début à cette prédiction, car force est de constater que pour une personne de son rang, il n'est pas sérieux de croire ce genre de balivernes. La relation avec sa fille se modifie progressivement, le dialogue s'installe alors que celle ci se sentait si différente de son frère et sa sœur, si beaux et intelligents. Mais le choc fut plus grand lorsqu'elle lui annonce qu'elle souhaite qu'il la tue elle.


L'histoire est inspirée d'une nouvelle d'Oscar Wilde intitulée "le Crime de Lord Arthur Savile", mêlant à la fois une réflexion social sur la noblesse (qui sont ces nobles et quelle est leur réalité?), les raisons pouvant pousser quelqu'un à mettre un terme à sa vie. Amélie Nothomb s'essaye à nouveau après "Barbe Bleue" à reprendre une histoire connue et la remanier selon ses aspirations et ses gouts. Effet réussie car on reconnaît et comprend parfaitement jusque dans le titre l'hommage et l'inspiration, mais aussi le fossé à la lecture du livre.

On retrouve une plume que j'affectionne particulièrement. Mais étant à la fois peinée de la longueur du livre (à peine 135 pages), je me retrouve tout de même enchantée de voir que l'histoire et sa complexité tient en si peu de pages.

La parution d'un Amélie Nothomb est chaque année un rendez vous attendu par nombres de lecteurs dont je fais partie! Son sens du critique, de l'à-propos, du burlesque et l'intensité qu'elle donne à ses personnages sont autant de plaisir que de surprises. Elle sait manier les mots, au point où il suffit de quelques pages à peine pour dresser une complexité dans les personnages, mais aussi pour dresser une situation dans sa globalité. On ne parle d'ailleurs même plus d'un "livre" d'Amélie Nothomb, mais d'"un" Amélie Nothomb, comme si l'objet livre lui même prenait son nom.

En bref :

Pour les amoureux de l'auteur Amélie Nothomb, toujours un rendez vous attendu.... ! Pour découvrir l'auteur par contre, il vaut mieux commencer par "Stupeur et Tremblement" ou "Ni d'Eve ni d'Adam".

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Rédigé par Sabrina.

Publié dans #Littérature Roman

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Publié le 4 Novembre 2015

Sept Hiboux

De Gyula Krúdy, Editions des Syrtes, 2015, Roman, littérature hongroise

Un grand merci à Babélio et aux Editions des Syrtes pour ce partenariat et la découverte de ce livre.

Résumé :

Jozsias, jeune écrivain, vit à Budapest au moment où la ville entre dans la modernité. Il tente de finir son premier livre mais il est tiraillé entre trois femmes, Leonora, Fruzsina et Adalska. Ces passions féminines le conduisent à un voyage initiatique aux frontières de l'érotisme et de la mort. Une évocation de la vie culturelle et littéraire dans la capitale hongroise à la fin du XIXe siècle.

Mon avis :

Bienvenue à Budapest à la fin du 19ème siècle, découverte au fil de la lecture aux côtés de Jozsias, un écrivain romantique qui dresse le portrait des femmes qui ont comptées dans sa vie. Accompagné de son ami, Guszti Szomjas qu'il aide à la diffusion de certains messages à ces dames, nous découvrons les ruelles, les enseignes et l'atmosphère d'une vie riche et vivante.

Telle est la trame du livre, dont le résumé n'est pas chose facile, tant le mouvement dans la lecture est constant : nous évoluons dans une ville, entre découverte, recherche d'amour, de connaissance.

Les difficultés premières concernent la fluidité dans la lecture : d'innombrables bas de page viennent hacher la lecture, mais ils ont leur importance tant les référence à des personnages existant sont nombreuses : mais est ce un témoignage de vie ou un témoignage de ville? Ces informations se diluent progressivement, car nous avons par moment une impression de déchiffrer une carte, par exemple, lorsqu'on nous signale que telle rue se trouve à tel endroit près de telle ruelle.

La seconde grande difficulté porte sur l'exactitude des noms : hormis les prénoms des personnages principaux, il m'est arrivé de ne faire que survoler des Noms de rues, de lieux ou de personnes tellement j'avais des difficultés à les retenir voir à les prononcer. L'exotisme de la nouveauté est plaisant, et on s'amuse parfois sur la prononciation, mais revenir plusieurs fois de suite sur ces même noms alourdit la lecture et la compréhension du texte.

L'ambiance générale du livre est terriblement mouvante : à la fois romantique et romanesque, le style de l'auteur est très agréable. Les descriptions sont nettes et bien étayées, pour certains, elles n'auront peut être que peu d'intérêt au vue de la richesse narrative. Mais j'avoue avoir pris gout à la découverte de ces lieux, chargés d'histoire et de vie.

Les personnages sont bien décrit, et on les imagine aisément évoluer, s'aimer, se déchirer, se retrouver, se chercher. Une sensation parfois que la complexité est poussée à l'extrême : j''aurais aimé garder une part de mystère chez certains. Et à contrario, d'autres ont été trop esquissé, manquant de profondeur et de couleur : j'aurais aimé savoir ce que renfermait ces silences.

Les Sept Hiboux renferment plus qu'un simple logement : centrale dans la vie de Jozsias, il l'est aussi à la lecture du livre, revenant régulièrement à ce point de départ rassurant.

L'amour est sans doute ce qui nous berce durant cette lecture : l'amour passion, l'amour de la ville, de l'ivresse de ce sentiment qui va, vient et nous tire vers de nouvelle découverte. Mais plus encore, J'ai aimé non pas la fraicheur de ces histoires d'amour, mais leur complexité et leur mélancolie parfois : une part de réalité dans un sentiment qui est trop souvent idéalisé dans la littérature.

En bref :

Un voyage, une découverte d'un auteur dont la plume m'a ravie. Malgré certaines lourdeur, une fois prise dans la vie des personnages, je me suis sentie proches d'eux, animées de cette même impression de mouvement perpétuel, comme le veut la vie.

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Rédigé par Sabrina.

Publié dans #Littérature Roman

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