Articles avec #litterature roman epistolaire tag

Publié le 20 Juillet 2015

Et je danse, aussi

De Anne Laure Bondoux et Jean Claude Mourlevat, Fleuve éditions, Roman épistolaire, 2015.

Résumé:

La vie nous rattrape souvent au moment où l'’on s'’y attend le moins.

Pour Pierre-Marie, romancier à succès (mais qui n'’écrit plus), la surprise arrive par la poste, sous la forme d'’un mystérieux paquet expédié par une lectrice. Mais pas n'’importe quelle lectrice ! Adeline Parmelan, « grande, grosse, brune », pourrait devenir son cauchemar… Au lieu de quoi, ils deviennent peu à peu indispensables l'un à l'’autre.

Jusqu'’au moment où le paquet révèlera son contenu, et ses secrets.

Ce livre va vous donner envie de chanter, d'écrire des mails à vos amis, de boire du schnaps et des tisanes, de faire le ménage dans votre vie, de pleurer, de rire, de croire aux fantômes, d'’écouter le Jeu des Mille Euros, de courir après des poussins perdus, de pédaler en bord de mer ou de refaire votre terrasse.

Ce livre va vous donner envie d'aimer. Et de danser, aussi !

Mon avis :

Pierre Marie reçoit un jour une grande enveloppe qu'il prend pour le livre d'une de ses admiratrices afin qu'il puisse lui donner des conseils. Il trouve derrière ce paquet le mail de l'expéditrice : Adeline Parmelan. Débute alors un échange de mail où tour à tour chacun des personnages va se prendre au jeu des confidences.

Pierre Marie est un écrivain qui n'écrit plus, un peu blasé, mais toujours à succès, il ne trouve plus la même inspiration pour écrire ses livres.

Adeline Parmelan est une jeune femme plus mystérieuse et se présente volontiers en se dépeignant négativement et se restreignant à dire d'elle qu'elle est "grande, grosse et brune".

L'originalité de ce livre est que l'échange tient en des courriels : les lettres manuscrites sont mises de côté au profit de cette nouvelle technologie qui est plus rapide. Une des choses qui m'a d'ailleurs gênée, bien que je ne sois pas contre les avances techniques, la poésie émanant de l'ouverture d'une lettre est différente de l'ouverture d'un mail. Le petit pincement de voir que quelqu'un pense à nous est tout de même toujours là.

De prime abord, les premiers échanges de courriers étaient anodins, froids, standards. Peu à peu, chacun des personnages va se livrer, et d'anecdotes en confidences, on s'attache doucement à leurs maux et leurs peines. On trépigne à leurs joies et on se surprend à gronder en fonction de certains agissements.

J'ai beaucoup aimé le style de chaque personnage, on ressent la distance et la différence d'écriture, mais sans que cela ne soit surprenant : un travail d'écriture à quatre mains qui a bien portés ses fruits.

Les sentiments véhiculés par ce livre qont légers, vivant et vivifiant : on aime, on fait son deuil, on respire, on réapprend la vie, la confiance. Bref on lit la vie avec ses hauts et ses bas. Une richesse qui a su me donner le sourire durant cette lecture.

Au début tout va bien....

Et progressivement on s'enlise.... Le dénouement vient progressivement, et malgré les annonces faites, on se doute doucement de ce qui va se produire. Malgré tout, les échanges de courriers ne sont plus aussi vifs qu'au début, et une lassitude s'installe. J'aurais aimé de nouveaux thèmes abordés, de plonger plus avant dans certains de leur sentiment et des moments de vie révolue.

Je ne peux pas révéler la fin du livre, mais j'avoue que cette dernière m'a laissé interrogative... "ET? la suite? Ah non c'est déjà finit". Après les révélations, c'est comme si le livre se terminait, alors que la richesse du genre épistolaire est de nous donner cette impression de continuité, de fin sans fin....

Ce qui m'a empêché de profiter grandement de ma lecture : les critiques. La plupart dithyrambiques, incroyables, promettant un moment léger et émouvant. Et le problème avec les critiques, c'est qu'elles me font miroiter monts et merveilles pour finir par déchanter. C'est dommage. Le potentiel littéraire des deux auteurs est prégnant, sans compter une plume délicate et où l'on a bien senti la différence de prose entre les deux personnages.

En bref :

Une lecture légère et agréable, mais qui m'a laissé sur ma fin... Beau potentiel des écrivains qui ont su rendre ces échanges vivant et attrayant.

Voir les commentaires

Rédigé par Sabrina.

Publié dans #Littérature Roman épistolaire

Repost 0

Publié le 8 Mai 2015

Petites Recettes de bonheur pour les temps difficiles, coup de coeur.

De Suzanne Hayes & Loretta Nyhan, édition Belfond, (2014), Roman

Résumé :

Entre Iowa et Massachusetts de 1943 à 1946

Depuis que son mari a été appelé à rejoindre les forces alliées pour combattre en Europe, Glory Whitehall s’ennuie. Laissée seule avec son fils de 3 ans, enceinte jusqu’aux yeux, la jeune femme cherche une occupation pour tromper la solitude. Un beau matin, Rita Vincenzo reçoit la lettre d’une inconnue du Massachussetts…

Entre Glory, jeunette impulsive, et Rita, femme de poigne au grand cœur, se tisse une amitié au fil de la plume. Une correspondance entre deux femmes séparées par des centaines de kilomètres, accidentellement rapprochées par l’absence de leurs époux, partis sur le front.

Étayée d’instants complices, de joies, de peines, de drames, cette correspondance offre à chacune des deux femmes un moment de réconfort unique dans un monde bouleversé par les échos de la guerre qui menacent de saper leur courage. Comment vivre dans un monde sans hommes ? Comment égayer le quotidien lorsque tout est rationné ? À qui confier le mal-être, la souffrance de celles qui attendent, impuissantes et fébriles des nouvelles des époux, des fils qu’elles ont vus partir de l’autre côté de l’océan ?Trois ans de correspondance, autant de partage de recettes, de conseils de jardinage, de confidences inavouées… pour l’une des plus belles histoires d’amitié jamais écrites.

Mon avis :

Rencontrer son âme est une chose devenue assez désuète de nos jours. On se borne aux relations parfois superficielles avec notre entourage. Mais avons nous une personne qui connaisse parfaitement nos ressenti, nos peurs, nos envies et tous ces secrets qui nous habitent?

Rita et Gloria sont deux épouses de soldats : leurs maris et fils (celui de Rita uniquement) sont engagés dans des bataillons différents durant la seconde guerre mondiale. On partage leur peine et leur espoirs, les drames et les renoncements, mais toujours cet espoir qui persiste...

On attribue beaucoup de similitude avec "Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates" de Mary Ann Shaffer & Annie Barrows. 2crit les deux à quatre mains, parlant de la seconde guerre mondiale, des échanges épistolaires... Les similitudes pour moi s'arrêtent là. L'histoire, les propos ne se ressemblent en rien. Et j'ai davantage appréciés les "Petites recettes de bonheur pour les temps difficiles".

J'ai été plus sensible à ces deux personnages, à ces femmes fortes, pleines de vie de passion et de fougue, qui font des erreurs et restent parfaitement humaines. Je me suis sentie proches, comme si des amies m'écrivaient, je suis rentrée dans leur histoire, dans leur quotidien, oubliant que je ne recevait pas vraiment les lettres.

Les auteurs ont gagné leur pari avec moi : je faisais partie de leur histoire. J'ai aimé, sans tomber dans le pathos, lire les espoirs de Rita, les déconvenues de Gloria, les espérances de Roylene... Bref, une part de moi même refusait de rester inactive. Il fallait que je sache quelles seraient les solutions qu'elles allaient trouver pour survivre à ces mois et années d'angoisses.

Je ne peux pas dévoiler plus car il n'y a pas vraiment d'intrigue, il s'agit surtout de confession, de confidences, d'une relation amicale sincère. De plus, cette façon de raconter l'histoire est très bien menée. Par ailleurs, le style est plutôt fluide, on ne ressent pas de dissonance à la lecture ou de différence entre les deux auteurs.

******

Nous sommes aujourd'hui le 8 mai 20145. Il y a 70 ans, la Seconde Guerre Mondiale s'achevait, baignant dans un océans d'atrocités, trainant derrière elles des horreurs et de l'humanité. Aujourd'hui que retenons non de tout cela? Sommes nous toujours dépositaires de leur mémoire? Car il y a eu des morts... Tellement de morts, de familles déchirées, de corps mutilées, d'enfance brisée, de couple séparée, d'orphelins livré à la solitude. Que gardons nous en mémoire?

Nous gardons cet espoir, cette volonté qu'ont eu tous ces rescapés de dire et hurler : plus jamais ça! L'être humain peut être un animal, et aujourd'hui encore, je ne peux comprendre ce qui pousse des gens à en exterminer d'autres...

A lors ce genre de livre, j'ai envie de lui dire MERCI. Car sans mentionner l'horreur de la guerre, on en ressent tout le poids. Sans décrire les charniers, on ressent l'inhumanité. Sans décrire les batailles, on se souvient.

Pour toutes les futurs générations, il ne faut pas oublier. Mais lorsqu'on voit le monde d'aujourd'hui... L'être humain est le seul "animal" à supprimer ses congénères...

*******

Les deux auteurs, Suzanne Hayes & Loretta Nyhan, ne se sont pas rencontrées durant la rédaction du livre. Née d'un coup de cœur sur un blog, leur relation épistolaire à mener à ce livre. Leur amitié nous rappelle celle de Gloria et Rita, c'est un petit plus qui m'a fait apprécié ma lecture. J'imaginais ces deux femmes se livrer à de longues discussion autour de ce livre...

On savoure cette plume pour sa simplicité, car il n'y a pas de long discours, on va à l'essentiel, sans en dire trop. J'ai tellement aimé me plonger dans ce livre!

Un vrai coup de cœur que je veux partager avec vous. Lisez le...

En bref :

A lire, pour ne pas oublier. A lire, pour ressentir toute cette émotion. A lire pour être captivé par une douce curiosité. A lire, car je vous assure que vous serez enchanté de passer ce moment avec Rita et Gloria.

Voir les commentaires

Rédigé par Sabrina.

Publié dans #Littérature Roman, #Littérature Roman épistolaire

Repost 0

Publié le 26 Avril 2015

En même temps, toute la terre et tout le ciel, Coup de Coeur!

De Ruth Ozeki, édition Belfond, 2013, Roman, Correspondance

Résumé :

Baie Désolation, Colombie britannique, Canada, 2011

Écrivain privée d'inspiration, Ruth découvre sur une plage un sac abandonné. Sans doute un des multiples restes du tsunami de 2011, qui s'échouent régulièrement sur les plages canadiennes. Mais ce sac cache bien des secrets : à l'intérieur, un bento Hello Kitty qui renferme un journal intime, reprenant la couverture originale de À la recherche du temps perdu, mais aussi un vieux carnet et quelques lettres illisibles. Piquée par la curiosité, Ruth entreprend de résoudre l'énigme et de traduire le journal. Elle découvre l'histoire de Nao Yasutani, adolescente japonaise de seize ans. Dans l'univers feutré de leur maison canadienne, Ruth et son mari, Oliver plongent dans l'intimité d'une jeune fille déracinée qui, après une enfance passée dans la Silicon Valley, a dû regagner Tokyo, sa ville natale, terre inconnue dont elle ne maîtrise pas les codes. Un retour brutal, le début du calvaire pour Nao : humiliée par ses camarades, la jeune fille se réfugie un temps chez son arrière-grand-mère, Jiko, fascinante nonne zen de 104 ans, ancienne anarchiste féministe, qui vit dans un temple près de Fukushima. Là, Nao apprend à être attentive à l'instant présent, à écouter les fantômes. Celui de son grand-oncle, Haruki Ier. Nao va mieux, jusqu'à ce jour tragique à l'école. Privée de tout lien avec ses parents, la jeune fille dérive de nouveau. Au risque de se perdre complètement… À des milliers de kilomètres, Ruth n'a qu'une obsession : sauver Nao. Mais comment la retrouver ? De quand date ce journal ? Ce peut-il que la jeune fille ait disparu, emportée par le tsunami ?

Mon avis :

Je ne voulais pas qu'il se termine, j'ai tenté de faire durer ce plaisir le plus longtemps possible. Et en tournant la dernière page, j'en ai terriblement voulu à l'auteur qu'il ne fasse pas 500 pages de plus...

Un récit onirique, un récit vivant, tellement poétique que les mots glissaient seuls dans la pensée! Cela fait à raison penser à un style à la Murakami tellement c'est fluide, cela s'imprègne et en même temps ne marque pas le lecteur.

Est ce que j'ai aimé le livre? Mais bien plus encore! Ca c'est mon style de livre absolu, ou j'ai peur de tourner la page car cela me rapproche inévitablement de la fin et d'un au revoir....

Parlons de l'objet livre : J'aime les éditions Belfond ! Il n'y a rien a dire sur la qualité du livre : les pages sont bien blanches, le livre est beau, la police d'écriture est très agréable à lire, le texte aéré. Je n'ai pas eu cette impression de "pâté" qu'on trouve parfois avec des livres de plus de 400 pages. Un vrai plaisir de le lire!

J'ai trouvé le synopsis intéressant, et j'aime beaucoup ce style d'écriture, comme si deux personnes différentes l'avaient écris :

On suit Ruth, auteur en panne d'inspiration qui cherche à poursuivre son livre. Elle trouve sur la plage de l'île où elle vit un sac contenant un journal et diverses affaires appartenant à une jeune fille appelée Naoko.

En parallèle de la vie de Ruth, de son quotidien et de ses recherches concernant le journal, on suit la vie de Naoko, son journal, sa vie au Japon et ses relations avec ses parents et son arrière grand mère.

Ce qu'il y a de fascinant est cette capacité d'avoir deux voix bien distinctes. Cela ne s'éssoufle à aucun moment et on ne s'ennuie jamais à la lecture de ces tranches de vie. Sans réellement apporter du suspens, on est empli d'empathie envers ces personnages, on souhaite leur bien, on s'énerve parfois. On trouve également une forme de dualité entre le monde de Ruth et de Nao : entre présent et avenir, L'auteur nous fait voyager avec finesse dans des réflexions philosophiques, mais très intimistes.

La spiritualité est une part importante du livre. Nao est en quête d'identité, tout comme Ruth est en quête d'inspiration. Cette dualité renforce les liens et la volonté de Ruth d'en savoir plus sur cette jeune fille, allant jusqu'à faire de longues recherches sur internet.

Le Zen est très présent dans le livre, l'arrière grand mère de Nao, Jiko, le pratiquant, on a souvent des expressions tiré du Zen. Ce dernier est une branche issue du bouddhisme qui met en avant la méditation via la posture Zazen. Celle ci est d'ailleurs très bien expliqué dans le livre. Jiko est d'ailleurs un personnage tellement discret qu'elle en devient importante. C'est un paradoxe! Elle a une espèce de douceur apaisante, inutile de beaucoup parler, son regard et ses mouvements suffisent à Nao pour la comprendre et pour se rassurer.

Les thèmes abordés ne sont pas des plus doucereux :

- La seconde guerre mondiale et les pilotes kamikazes : le grand oncle de Nao s'exprime dans des textes poignants.

- Les relations entre parents et adolescents : au Japon plus qu'ailleurs, on se tait, on ne parle pas de ses sentiments profonds pour ne pas déranger ou ne pas gêner autrui. Les relations entre enfant et parents sont parfois à deux niveaux tellement opposés...

- Le harcèlement scolaire, ou ijime, les tortures physiques que le corps et l'âme peuvent supporter sont difficiles à appréhender, mais bien exprimés dans ce livre : on se sent plus proche des personnages...

- Le suicide : le Japon a connu des vagues de suicide importantes, et encore aujourd'hui, des hommes et des femmes se donnent la mort : pour ne pas être un poids pour leur proche, par honte...

- Le séisme de 2011, causant la mort et la disparition de tellement de vie, sans compter les dommages matériels et environnementaux...

- Clin d'œil aux amoureux des chats : Pesto est décrit comme je pourrais décrire mes chats : avec tout l'amour qu'on leur porte.

Enfin, on se laisse prendre assez facilement dans la part fantastique du récit : il semble tellement réel qu'on a envie d'y croire, envie de savoir même si cette histoire est tirée de la vie de l'auteur, de savoir, de comprendre... Mais à la fin du livre, J'ai été étonnée de me satisfaire de ses mots : je n'avais plus cette envie frénétique de comprendre ou de savoir ce qui a pu se passer. J'étais juste en totale adéquation avec ce livre, avec un gout amer de fin.

Le style d'écriture est pour moi très addictif, on se remémore Murakami, brillantissime, mais on imagine également ce pinceau délicat effleurant une feuille en papier de riz, dessinant avec de douces volutes l'estampe de cette histoire.

En bref :

A ce stade, il ne s'agit plus d'un coup de cœur, il faut découvrir Ruth Ozeki! C'est un livre superbement écrit, fluide et poétique! Un livre chouchou, un livre qui me fait grandir! Bouleversant et enivrant!

Logo Livraddict

Voir les commentaires

Rédigé par Sabrina.

Publié dans #Littérature Roman épistolaire

Repost 0