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Publié le 31 Mai 2016

A l'ombre des cerisiers

Merci à NetGalley et aux éditions Kero pour ce partenariat.

De Dörte Hansen, traduit de l’allemand par Elisabeth Landes, éditions Kero, sortie le 05 mai 2016, Récit.

Résumé :

C’est au printemps 1945 que la petite Vera voit pour la première fois la vieille ferme perdue au cœur d’un immense verger. Sa mère et elle viennent de traverser à pied une Allemagne en ruines.
Soixante-dix ans plus tard, Vera, qui occupe toujours la maison, voit débarquer à son tour sa nièce, Anne, en pleine rupture amoureuse, et son jeune fils Léon.
Les deux femmes, fortes têtes et solitaires, vont affronter ensemble une histoire familiale traversée de secrets et de non-dits. Sauront-elles redonner vie à ces murs hantés par les chimères du passé ? Pour cela, il faudra d’abord apprivoiser les habitants du village qui ne manquent ni de caractère ni d’originalité...
Avec beaucoup de tendresse et un humour mordant, ce premier roman brosse le portrait de deux femmes indépendantes qui vont trouver ce qu’elles ignoraient chercher : une famille.

Mon avis :

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, Véra et sa mère se retrouvent décide de quitter la Prusse orientale en venant s’installer en Allemagne. Dans le « Vieux Pays » au nord, les habitants parlent le « platt », patois locale. Elles trouvent refuge chez une fermière, Ida Eckhoff, qui accepte ces réfugiées « Pollack ». Véra grandit dans cette grande demeure qu’elle se refuse de quitter.
Véra exerce en tant que dentiste dans ce même village, et vit toujours dans cette maison qu’elle refuse de quitter. Elle arpente les pièces et ne les modifie pas, gardant en mémoire les traces du passé. Malgré la froideur des murs, l’inconfort, elle se sent chez elle. Mais cette maison ouvre à nouveau ses bras pour de nouvelles personnes : Anne, la nièce de Véra et son fils Léon. Celle-ci vient se réfugier chez Véra suite à une situation conflictuelle dans son couple. Anne et Véra communiquent parfois par des silences entendus. Et à l’ombre des cerisiers se déroulent des moments difficiles aux émotions intenses.

Au travers de ces vies, l’auteure dresse des portraits mélancoliques, rudes, bruts de ses personnages. L’identité est un fil conducteur dans ce livre, mais aussi les liens familiaux, les liens humains dans une petite région d’Allemagne à la campagne. Les personnages y sont toujours dépeints avec respect.
Véra est sans doute le personnage le plus énigmatique : sa volonté de solitude, ses choix, ses décisions la rendent touchante, humaine. Les liens familiaux expliqués dans le livre sont un enchevêtrement d’histoires et de souvenirs épars et le plus souvent tristes. Véra a la personnalité de la maison qu’elle habite : froide et austère, mais qui regorge d’une chaleur insoupçonnée. Anne est un personnage plus secondaire qui m’a plu surtout dans sa pudeur. Quant à l’espièglerie de Léon, elle permet des touches apaisantes pour la famille.
Une quête d’identité sur fond d’histoires de femmes, permettant à plusieurs générations de s’exprimer à des époques différentes. Il sera plus question ici des séquelles de la Seconde Guerre mondiale, comme pour Karl, le fils d’Ida.

L’entrée dans le livre était complexe, car il y avait beaucoup d’informations diverses et importantes dès le début du livre, cela était parfois même lourd de reprendre le début du chapitre, mais au fur et à mesure, aidés de chapitres courts, on s’habitue au style de l’auteur et on est attentif aux détails comme les cerisiers, l’importance de la maison comme fondation de l’identité des personnages. Un livre fort, triste, mais touchant et puissant dans les émotions qu’il exprime.

Un petit mot sur l'objet livre : j'aime particulièrement celle ci qui donne à l'objet livre une beauté poétique.

En bref :

Un livre riche en émotion, une quête d'identité au sortir de la Seconde Guerre Mondiale dans un petit village au Nord de l'Allemagne. Dörte Hansen évoque tout en pudeur les souffrances de ses personnages avec rationalité. Un premier roman percutant malgré un début de roman beaucoup trop riches en informations.

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Rédigé par Sabrina.

Publié dans #Littérature Récit

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Publié le 14 Mai 2016

Une année particulière

De Thomas Montasser, édition Presse de la Cité, mars 2016, récit

Résumé :

" Ma nièce Valérie doit s'occuper de tout. " Se retrouver un beau matin avec une librairie sur les bras, Valérie ne s'y attendait pas. Pour elle qui se destinait à une brillante carrière de consultante internationale en économie, quel cadeau empoisonné ! La jeune femme va pourtant se laisser prendre au jeu et, indépendamment des comptes de la boutique au bord de la faillite, découvrir la littérature. Kafka, Dickens, Calvino, Pessoa... Une tasse de thé à ses côtés, elle dévore avec joie tout ce qui lui tombe sous la main. Texte après texte, échange après échange avec les clients peu banals du magasin, Valérie commence à prendre goût à sa nouvelle vie, mais c'est un roman singulier intitulé Une année particulière et la rencontre d'un charmant inconnu qui l'aideront à écrire le chapitre décisif de son existence... Une touche d'humour et de fantaisie, de la sensibilité et, surtout, une foule de livres, qu'on aurait presque envie de ranger du côté des personnages. S'il est des romans qui donnent envie de lire et d'aller fureter dans les rayons des librairies, c'est bien celui-ci.

Mon avis :

Valérie a 25 ans et est vouée a un succès professionnel. Mais c’est sans compter l’héritage de sa tante qui est partie en lui demandant de prendre soin de sa librairie. Après questionnement, Valérie décide de sauter le cap et s’amuse à utiliser sa connaissance dans le commerce pour étudier de plus près l’envers du décor de cet étrange héritage.
Elle ne prend pas au sérieux cette demande et flâne beaucoup dans la librairie, trouvant ici et là des livres qui l’interpellent. Ne connaissant pas vraiment le métier de libraire, elle découvre, se passionne, perd courage, espère et partage. Mais tout ne finit pas comme elle l’espère.

Cette lecture fut agréable, fraiche et m’a laissé un sourire. Parler de livre, partager des auteurs qu’on a aimés et qui nous ont frappés au cœur est passionnant. Le métier de libraire l’est d’ailleurs pour ces côtés. Mais Valérie ne nous montre pas que le côté plaisant du métier : découvrir, partager, c’est bien. Mais l’absence de client, l’angoisse de ces fins de mois qui deviennent de plus en plus maigres… Sans client, une librairie ne serait qu’une jolie devanture.
J’ai apprécié ce ton sans entrer dans la pitié et le pathos. Au contraire, Valérie reste positive, même si elle a des moments plus rudes à vivre. De nombreux ouvrages prêtent leurs mots au livre et s’immiscent avec curiosité aux yeux du lecteur : de la poésie aux auteurs classiques, il y en a pour tous les goûts.

"Une année particulière", c'est aussi la découverte d'un livre étrange, racontant une histoire qui se joue, mais qui n'a pas encore de fin. Et le lecteur est invité à en découvrir le mystère.

Valérie rencontrera des personnages étonnants et attachants, de ce jeune homme qui l'intrigue à cet enfant si curieux à cet étranger qui lui permet de voir vivre une histoire venu de loin.

Les choix.
Le livre aborde un thème intéressant qui est celui du choix de vie que nous faisons pour notre bien-être et/ou celui des autres. Valérie prend des décisions qui vont impacter sur sa formation, son quotidien, son avenir. Mais ces choix font partie de notre quotidien, et se dire que nous avons toujours le choix. Valérie choisit de s’investir dans la librairie, mais elle y gagne également. C’est aussi le choix de laisser la librairie ouverte, malgré les grosses enseignes et le peu de clients. C’est un peu le combat des libraires indépendants : rappeler qu’en leur lieu, le choix est grand entre lecture sérieuse et lecture plus légère, donnant toujours à l’esprit la possibilité de s’ouvrir au monde et s'évader.

En bref :

Une lecture rafraichissante pour son ton, et l’envie d’évasion qu’il donne en tournant la dernière page.

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Rédigé par Sabrina.

Publié dans #Littérature Récit

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Publié le 30 Mai 2015

Peau de papier

De Nadine Monfils, édition L'Arganier, 2005, Récit.

Résumé :

Ouvrez-moi.

Mon livre, je veux dire moi, n'existera que par votre regard; vous êtes libre de faire de moi ce que vous voulez. Vous pouvez caresser mes pages, les chiffonner, les déchirer, les brûler, les trouer et y enfoncer votre doigt, votre langue, votre sexe; vous pouvez commencer par la fin pour me faire mourir plus vite ou bien relire et relire pour qu'ainsi je renaisse autant de fois que vous le souhaiterez. Je ne suis qu'un objet entre vos mains, alors laissez-moi vous regarder droit dans les yeux, prendre des airs de panthère ou de licorne, d'oiseau des îles ou de chat velours, pour continuer à exister au-delà de votre volonté.

Mon avis :

Impression mitigée sur une lecture étrange : à la fois addictive et difficile, Nadine Monfils s'effeuille au rythme des pages tournées. Il ne s'agit plus d'un livre, ni même d'un récit : l'auteur se livre et le livre est elle même : vibrante et toute en émotion. Difficile de résumer un livre qui n'en est pas un.

En mettant en exergue tous les sens du lecteur, Nadine Monfils commence son livre par une phrase qui résume à lui seul ce que contient le livre :

"Ceci n'est pas un livre, c'est un morceau de moi éparpillé entre vos doigts.".

Que de passions ensuite et de prose dithyrambique : le verbe est utilisé avec brio et l'écriture si soigné et impudique qu'elle en relève par moment de la sensation : toucher un livre, le sentir, le regarder sous les moindres plis.

Passé la première page, on se rend vite compte qu'il s'agit d'un autre univers, d'un style unique, et d'une verve incroyable. Les tournures de phrases sont poétiques et compliquées. Une force supplémentaire à cet ouvrage, est l'interpellation du livre au lecteur : il nous parle nous intrigue et nous force dans des retranchements, mais en même temps nous fait reculer et nous prévient toujours qu'il ira plus loin.

"Venez, on va danser. Je veux m'enivrer, piétiner l'absence qu'il crée en moi, écraser les silences pour leur faire dire des mots ronds qui tournent autour d'eux-mêmes, des mots-fleuves qui roulent dans la bouche et déversent un roman qui pourrait se résumer en un seul mot : "Je t'aime". "

Déclaration romantique avec force et tumulte, ce livre se confesse, et en même temps on se sent piégé dans des confidences inattendues, tel un amour dont on ne peut que s'enivrer.

Une impression mitigée car par moment, cette idée lancinante de ne pas être à ma place. Une appréhension à tourner la page tellement les sensations qu'il fait naitre sont diffuses et étonnamment élaboré. Un livre qui, comme j'aime m'interpelle, m'étonne et me réveille, mais en même temps me force à une impudique curiosité. Nadine Monfils a encore réussi à m'étonner avec un livre en montagne russe : appréhension, excitation, crainte, joie...

En bref :

Une lecture différente qui se suffit à elle même pour étonner et intriguer. Ouvrez ce livre, il a beaucoup de choses à vous confier.

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Rédigé par Sabrina.

Publié dans #Littérature Récit

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