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Publié le 19 Mai 2015

Le géant enfoui, Coup de coeur

De Kazuo Ichiguro, éditions Les Deux Terres, 2015, Fantastique, héroic fantasy, aventure, romance.

Résumé :

Axl et Beatrice vivent un amour constant qui a résisté aux années. Ils décident de faire un voyage pour rejoindre leur fils, parti depuis longtemps. De nombreux obstacles se dressent sur leur chemin, parfois étranges, parfois terrifiants, et mettent leur amour à l'épreuve. Leur parcours est une métaphore de nos vies à tous.

Dix ans après Auprès de moi toujours, Kazuo Ishiguro revisite, dans Le Géant enfoui, les thèmes shakespeariens qui traversent son œouvre : la mémoire et l'oubli, la confiance et la haine, la vengeance et la justice. L'histoire d'’Axl et Beatrice, une allégorie du monde moderne, est dores et déjà un monument de la littérature.

Mon avis :

Dans une atmosphère romanesque, emplie de légende, Kazuo Ichiguro nous invite à nous plonger dans un questionnement profond sur la mémoire : qui sommes nous, quelle est notre nation? Comment notre esprit fait la part des choses entre ce dont il se souvient et ce qu'il oublie? Est ce que les faits les plus négatifs de notre vie méritent de rester dans notre mémoire ou mieux vaut il les oublier afin d'avancer vers un mieux être et un monde serein?

Entre La légende du roi Arthur et Le Seigneur des anneaux, Le Géant Enfoui est également l'histoire d'une quête, où l'amour, le sentiment d'appartenance et la fratrie sont importants. Complexe dans son ensemble, le livre ne laisse pas de marbre tant il pose des questions.

Nous allons suivre Axl et Béatrice, un couple de personnes âgées et sans âge. Il vive dans un village où chaque personne a un rôle et une fonction. Béatrice fait la connaissance d'une femme aux abords du village qui la conduit à se poser la question de ses souvenirs : ces derniers, éparses, s'effacent doucement. Ayant peur d'en oublier jusqu'à son existence, elle convainc son époux, Axl, d'entreprendre un voyage, de village en village pour aller voir leur fils. Ce dernier a quitté sa famille de nombreuses années auparavant et ils souhaitent à présent le revoir, avant de l'oublier. Ils sont Bretons.

Durant leur périple, ils rencontrent dans un village Saxon Wistan, un guerrier qui a arraché à des ogres un garçon Edwin. Ce dernier, un adolescent, est renié par les siens à cause d'une étrange morsure sur son torse reçue lors du combat qu'a mené Wistan. Le couple accepte de faire route avec eux afin de conduire le jeune Edwin dans un village où il ne sera pas inquiété par les superstitions.

Leur chemin, de montagnes en vallées, de forêts en sous bois, leur fait rencontrer le chevalier Gauvin. Ce dernier est le neveu du grand roi Arthur qui lui a confié comme mission de tuer le dragon Querig qui sévit dans la région.

Souffrante d'un mal la faisant boiter, Béatrice souhaite poursuivre leur voyage en passant par un monastère, afin de rencontrer le moine Jonus pour qu'il puisse soigner ses douleurs. De là, les péripéties deviennent bien plus sombres. Les protagonistes comprennent alors les raison des pertes de mémoire des populations entières : car parfois ce qui a été dis une heure avant est perdu dans les limbes de l'oubli.

Un amour inconditionnel uni Axl et Béatrice. Sans que cela épique, impossible ou incroyable, ils ont conscience que l'un sans l'autre ils n'y arriveront pas. Soutenant toujours Béatrice, Axl fait fi des souvenirs qui lui reviennent progressivement et ne dévoile à sa bien aimée aucun trouble ni animosité. Une belle histoire à mon sens, et une fin... A découvrir.

Outre cette histoire d'amour dont on parle dès la quatrième de couverture, cette épopée arthurienne est envoutante, entêtante et très addictive. On peut être choqué ou troublé tout du moins par ce Haut Moyen Age, car on ne s'attend pas à ce genre d'histoire. J'avoue même qu'au début il faut un petit temps d'adaptation, mais le premier chapitre passé, on ne parvient plus à poser ce livre.

Empreint de réalité tout comme de fantastique, ce roman a tout d'une aventure : les combats d'épée, le dragon, le chevalier en armure... Mais le tout est raconté sans rage, avec minutie. On apprécie d'autant plus les scènes de combat à l'épée, car tel une caméra miniature, on suit chaque mouvement, chaque contraction musculaire et chaque oscillation de la lame.

Loin du Trône de Fer de Georges RR Martin et du Seigneur des anneaux de JRR Tolkien, Le Géant Enfoui s'en rapproche malgré tout : il y a un mystère envoutant à vouloir créer une mythologie de l'Angleterre.

Le thème le plus important du livre reste à mon sens le Souvenir : depuis de longues années, la région est en proie à l'oubli. Béatrice a surnommée ce phénomène une Brume qui retire les souvenirs. L'enjeu est donc de les retrouver. Mais Béatrice, en le souhaitant, a en même temps une peu car les mauvais souvenirs, méritent ils d'être retrouvé? Est ce que cela aura un impact sur les relations avec Axl?

Lorsque j'ai refermé le livre, je l'ai embrassé! Oui je suis folle, mais j'ai été tellement enchantée de vivre cette histoire, tellement admirative de ces enjeux et surtout de la clairvoyance dont fait part tous les personnages.

Kazuo Ichiguro a mis 10 ans a l'écrire. Et Jusqu'à la fin il m'aura tenu en haleine, parfois avec ardeur, parfois avec mélancolie. Je suis si triste qu'il soit terminé...

En bref :

Un coup de cœur tellement j'ai aimé découvrir cette atmosphère brumeuse et enveloppante. Une histoire qui tient en haleine et qui donne envie de garder précieusement ses souvenirs...

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Publié le 11 Mai 2015

L'annulaire

De Yoko Ogawa, édition Babel,2005, Roman littérature japonaise,

Résumé:

Dans un ancien foyer de jeunes filles transformé en laboratoire, M. Deshimaru, taxidermiste du souvenir, prépare et surveille des "spécimens", tandis que la narratrice de ce récit, assistante et réceptionniste, accueille les clients venus confier au mystérieux spécialiste d'insolites bribes de leur histoire: des ossements d'oiseau, quelques champignons microscopiques, une mélodie, une cicatrice... Amputée d'une infime partie d'elle-même depuis un accident du travail, la jeune assistante tombe peu à peu sous le charme du maître de ce lieu de mémoire malsain et fascinant.

Mon avis :

J'ai toujours aimé la littérature japonaise pour son brin de simplicité, et cette capacité à mettre en lumière des moments parfois désuet, simple, ou simplement insignifiant. J'aime ce simplissime et cette faculté de mettre en avant toute chose de la vie quotidienne.

Telle une brume, le livre me laisse perplexe, dans un flou quant à ce qui arrive à la narratrice, amputée d'une petite partie de son annulaire. Elle trouve un travail auprès de M Deshimaru qui crée des "spécimens". Il n'y a aucune véritable explication sur son travail, et on en vient à se dire qu'il est taxidermiste. Mais il fait des spécimens de toute chose : d'os d'oiseau en passant par des champignons, comme pour garder en mémoire les choses insignifiante aux yeux du plus grand nombre mais ayant l'attrait d'un joyau pour la personne qui le dépose à son laboratoire.

Il y a une atmosphère de fantastique, particulièrement pour les non dits, et le simple faite de ne pas connaître le nom de la narratrice est par moment perturbant. Mais on se laisse prendre et on suit son cheminement.

Les saisons ont également un impact sur les dépôts de spécimens et il peut se passer de longues journées ou semaines sans aucune demande. Cette atmosphère envoutante, étrange, met en avant une relation entre M Deshimaru et la jeune fille. Amour étrange, empli d'émotions mêlant malaise et fascination.

Yoko Ogawa parvient en quelques pages - il s'agit d'un roman assez court de 95 pages - à nous faire pénétrer dans son univers : esquissant le quotidien banal, elle arrive à l'entourer de volupté, où la sensualité est très prégnante.

Je ne sais pas s'il vous arrive de trouver qu'un roman est habité par un élément. Outre la couverture bleue, la fluidité de l'histoire, sans élément perturbateur ou d'accès de fureur, me semble fluide et tranquille telle l'eau... Une impression impalpable qui a fait de cette lecture un moment propice à une rêverie...

Porté à l'écran par la réalisatrice Diane Bertrand en 2005.

En bref :

Aux aficionados des lectures étranges et oniriques, entre rêve, réalité et étrangeté sur une toile de fond banale. Un mélange savamment imaginé et très bien écrit!

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Rédigé par Sabrina.

Publié dans #Littérature Fantastique, #Littérature Roman

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Publié le 6 Avril 2015

Neverland, Autre Monde Tome 6

De Maxime Chattam, éditions Albin Michel, Fantastique, dystopie

Résumé :

L'ennemi a détruit le deuxième Cœur de la Terre, séparé Matt, Ambre et Tobias. Alors qu'Entropia et ses créatures monstrueuses poursuivent leur entreprise de destruction, Matt découvre Neverland, la forteresse secrète et mystérieuse des Fantômes, les jeunes rebelles de l'empire d'Oz. L'Alliance des trois arrivera-t-elle à se reformer à temps pour sauver les enfants d Europe ? L'heure de révéler les ultimes secrets d'Autre-Monde approche...

Mon avis :

Comment donner un avis sans donner d'éléments qui vont spoiler l'entièreté de la saga pour les néophytes qui souhaitent découvrir l'œuvre à son commencement?

Autre monde est une épopée se déroulant à notre époque, mais suivant les aventures de trois adolescents, Ambre, Matt et Tobias, qui vont tenter de trouver une solution à la réaction de la planète face au "trop plein" de méfaits qu'elle subissait de la main de l'homme. Une Tempête ravage la planète, adultes et enfants se retrouvent dans deux camps distincts : celui des Pans pour les enfants, et celui des Maturs ou Cynicks pour les adultes.

Autre Monde est souvent présenté comme lecture jeunesse, mais pas seulement. J'ai découvert Maxime Chattam grâce à cette aventure il y a deux ans à peine : le synopsis m'avait sauté aux yeux tellement cette possibilité d'une réaction de la planète me semble logique. La Nature est surprenante, fascinante, terrifiante et hypnotisante.

Dans ce tome, les 3 adolescents formant l'Alliance des Trois (Titre du premier volume), se retrouve séparés. On suit par chapitre leurs différentes progression, et les situations se succèdent rapidement grâce aux chapitres courts.

Je me suis souvent surprise d'ailleurs à le lire en triturant mes doigts et même avec certaines palpitations. Car il est là le génie de Maxime Chattam : que l'on soit au début, au milieu ou à la fin du livre, on est sans cesse balloté et emberlificoté dans des miasmes putrides ou dans des geôles humides. Du coup, notre attention ne s'arrête pas et nous nous retrouvons à notre tour aux aguets, patientant de sentir comme les héros une main sur l'épaule ou une lumière au bout du tunnel.

J'ai une mauvaise manie en lisant ce genre de livre : regarder la page suivante pour voir si quelqu'un meurt ou pour mettre fin aux suspens. Je l'avais fait lors des premières lectures au tome 1, mais je me suis vite rendu compte que cela ne servait à rien. Chaque situation est toujours sur un fil, chaque événement en déclenche d'autres, chaque décision est dure à prendre. Il y a un chaos parfaitement délimité et parfaitement clair dans cet "autre Monde".

Cela est à l'image de l'adolescence, période où notre corps, notre cœur et notre esprit subit des changements. On se modèle à l'adulte et on se dresse contre l'autorité. Une décision est toujours lourde de conséquence, et les personnages se rendent parfaitement compte de ce que cela coute, et du danger qu'ils vont courir.

J'ai été un peu déçu par une comparaison entre l'histoire d'un Pan d'Europe et l'histoire qu'a vécu Matt lors du premier volet d'Autre Monde. J'ai changé d'avis sur la fin du livre, je comprend maintenant à quel point cela sert au personnage : se retrouver en quelqu'un c'est garder foi et confiance en soi et aux autres.

La progression des livres me fascine : au début, l'ambiance est calme, malgré les évènements qu'ils vont rencontrer. Mais plus on avance, plus les sacrifices sont violents : l'ambiance devient lugubre. Le comparatif le plus saisissant est à mon sens le lien entre la maturité qu'acquiert les adolescents et l'intensité des évènements à vivre.

Neverland passe un cap dans cette saga : on sent que le dénouement arrive, et on en a peur. Les possibilités sont nombreuses, et on se refuse à quitter ces Pans.

Maxime Chattam œuvre avec finesse et exactitude : car la lecture de ce tome nous questionne sur le rapport au monde mais par tous les continents : nous sommes tous différents, certes, mais nous sommes semblables.

En bref :

Excellent, on ne s'essouffle pas avec les tomes! La magie opère crescendo.

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Rédigé par Sabrina.

Publié dans #Littérature Dystopie, #Littérature Fantastique

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