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Publié le 11 Avril 2016

Trésor, Coup de coeur

Merci aux Editions Envolume et à Aude MONNOYER de GALLAND pour l'envoi de ce livre.

De Alecia McKenzie, éditions Envolume, Roman, à paraître le 10 mai 2016.

Résumé :

Téméraire, butée, rebelle. Dulcinea Evers, jeune peintre coqueluche de New-York, vient de mourir. Mais qui était-elle vraiment ? Au lendemain de ses funérailles jamaïcaines, c'est sa meilleure amie Cheryl qui est chargée de ramener la moitié de ses cendres aux Etats-Unis. Détient-elle la clef de son histoire ?
Tour à tour, ceux qui ont traversé la vie de Dulci s'adressent à elle pour dessiner en creux le portrait dune femme flamboyante… et résolument libre.

Mon avis :

Nous débutons ce voyage au côté de Cheryl qui commence par une phrase qui nous plonge directement dans le vif du sujet :"Cho, Dulci, tu ne pouvais pas te faire enterrer comme tout le monde?".

Dulcinea Evers est décédée des suites d'une maladie. Elle a fait promettre à son amie que ses cendres seraient versées aux deux endroits qu'elle a le plus aimés au monde : sa terre natale, La Jamaïque, et New York. Tenant sa promesse, Cheryl décolle de Kingston vers New York. Durant tout son voyage, elle raconte, en flash back, ce qui a été la vie de Dulcinea, la sienne. Comment elles ont grandi et se sont connues. Comment Dulci est devenue artiste peintre, évoquant son pays et ses racines par des tableaux vifs et puissants. Comment leur amitié a tenu, jusqu'au bout, malgré les différences et la distance.

Dans ce livre, tour à tour ce sont les personnes qui ont côtoyé Dulcinea qui la racontent, évoquant les souvenirs tristes et joyeux, dressant le portrait d'une femme libre, insoumise, dont la capacité à voir le monde les yeux grands ouverts est forte. Les hommes qu'elle a connus et qui se rejoignent dans la description de leur relation respective. Des parents qui connaissent leur fille, mais qui ne se doutent guère de tout ce qu'il y avait derrière la toile de son identité.

Enfin, Cheryl, fil conducteur de l'histoire, reliant les uns aux autres, un pont entre Kingston et New York. Mais au delà de l'histoire de Dulcinea, ces personnes se racontent, en proie au questionnement intérieur et aux interrogations inhérentes aux rôles de parent, d'amis, d'amants. On découvre cette famille, ces liens fragiles, mais forts. Jusqu'à l'épilogue.

Qui suis je ? Qui suis je vis-à-vis des autres?

En découvrant la 4ème de couverture, j'ai été enchantée de me dire qu'il s'agira d'une recherche identitaire : dresser le portrait de quelqu'un est un art lorsqu'il s'agit de peinture, mais lorsqu'il s'agit de révéler l'essence de ce qu'était la personne, cela devient impalpable. Je pensais découvrir la lutte d'une personne pour se frayer un chemin dans le monde, "faire sa place" et la garder.

Pages après pages, on est pris par la houle, tenu par la main de Cheryl qui nous raconte son histoire et celle de son amie. Nous découvrons progressivement tous les secrets que recèle cette famille, toute la complexité des liens qui les unissent. Et pourtant! Pas à un seul moment je n'ai été heurtée ou blessée. Je les ai suivis, compris dans leur démarche respective.

Le talent d'Alecia McKenzie est prenant : Cheryl dresse dans le premier chapitre un portrait nuancé. Elle aborde différentes problématiques sans forcément donner de réponse. Mais peu à peu, lorsque chaque protagoniste prend la parole pour raconter son histoire avec Dulcinea, reprenant de ce fait sa propre histoire, chaque nœud est dénoué. Jusqu'à la dernière page, nous sommes tenus en émoi. Jusqu'à la dernière page, l'histoire se raconte et se vit.

L'écriture, une palette colorée.

C'est en refermant le livre que je me suis rendu compte que je ne l'ai pas lâché. Je n'ai ressenti ni ennui ni lassitude. L'écriture d'Alecia McKenzie est riche, sans être pompeuse. J'ai lu sans lire, comme si je recevais les confidences d'une amie alors que nous nous promenons.

Le lien avec l'art est omniprésent durant le livre. Lorsqu'un personnage parle de Dulcinea, il lui demande comment elle peindrait différentes scènes de sa vie. En lisant le descriptif, je voyais le tableau se peindre sous mes yeux, attiré par les détails que donnait l'auteur, revenant à l'ensemble avant de retracer les lignes plus délicates. J'ai souri, car je visitais une galerie que mes yeux n'avaient pas observées. Un plaisir pour les sens.

La Jamaïque est un pays dont je connais assez peu l'histoire. Les explications données par l'auteur permettent de mieux comprendre les comportements de chacun : le maillage est ainsi complet car une histoire de vie n'est pas uniquement le fait d'événements familiaux, mais se créent en parallèle des événements de notre lieu de vie.

Se plonger dans un livre est une aventure. Mais dès le départ, j'ai été accompagnée, et cette image reste en moi : Cheryl me tenant la main pour me raconter leur vie.

Merci aux éditions Envolume pour la découverte de cet auteur dont il me tarde de découvrir les autres ouvrages. Ce "Trésor" a été un petit bijou à découvrir. ​

A paraître le 10 mai 2016.

En bref :

Un coup de cœur pour une auteur que je découvre, qui m'a chamboulée par ses mots, et m'a fait découvrir une partie de l'histoire de la Jamaïque

👍💕💋

Broché: 182 pages
Éditeur : Envolume
Date de sortie : 10 mai 2016
Collection : LITT.GENERALE
Langue : Français
ISBN-13: 978-2-37114-039-4
16 €

Trésor, Coup de coeur

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Rédigé par Sabrina.

Publié dans #Littérature Contemporaine, #Littérature Roman

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Publié le 4 Juin 2015

Les lois de l'attraction

Bret Easton Ellis, 1987, littérature contemporaine.

Résumé :

Lauren, Sean et Paul, étudiants issus d'une jeunesse dorée en mal d'elle-même, vaquent d'une dérive à l'autre. Dopés par leur libido ou un rail de coke, chacun s'occupe à passer le temps. Au bout des désillusions les plus féroces, leur existence psychédélique se consume de rage et de désespoir. "La jeunesse occidentale s'ennuie, les happy few s'assomment au champagne, tout le monde débande, sauf le lecteur qui prend un pied monumental."

Mon avis :

Sur les conseille de la booktubeuse "Les chronique de Kiatoulu", j'ai mis les pieds dans cet univers déjanté et dérangeant écrit avec brio par Bret Easton Ellis que l'on connaît surtout pour "Amrican Psycho".

Ce livre commence au plein milieu d'un phrase, ce qui donne au lecteur une impression différente d'une lecture classique : on rentre dans le vif du sujet, dans une atmosphère volatile et en perpétuelle mouvement. Dés le début, on est transporté : le style littéraire est cru, choquant, et s'imprègne en même temps d'une réalité : cela se passe durant les années 80, mais on pourrait transposer ce livre à n'importe quelle période tant les sujet traités restent actuels. Chronique difficile tant ce livre laisse une trace sensitive que mnésique.

Les personnages :

On va suivre trois protagonistes : Lauren, Sean et Paul. Ils prendront la parole l'un après l'autre, abordant des thèmes semblables mais de leur point de vue. Ils sont à al fois perdu et très réalistes, voire défaitistes sur leur propre vie.

Abordant tantôt les sujets de sexe, drogue et de l'alcool, ils sont désabusés, ne croyant ni n'espérant rien de plus que ce qu'il ont devant eux.

Lauren aime Victor, mais sort avec plusieurs garçons, et enfin avec Sean qui lui l'aime profondément, malgré les tromperies. Il a eu une relation avec Paul, homosexuel qui aime Sean et qui finit par se rapprocher d'autres garçons. Ce "triangle amoureux" est compliqué par les protagonistes eux mêmes qui sont dans des univers et réalité différente. Sans discussions à cœur ouvert, les non dits font foi et les relations difficiles.

Le style :

Brut, ne prenant ni détour ni métaphores, le livre est raconté par les trois personnages principaux, et entrecoupés par des moments racontés par des personnages proches de ceux ci. Le ton est pour la quasi totalité de l'œuvre très monocorde, mêlant un style frisant parfois l'obscénité, et le familier.

L'ambiance générale est difficile à expliquer, à la fois troublante et persuasive, mêlant un imbroglio de sentiments basé sur les nos dits et les mensonges. Les personnages sont dans une autre réalité, sans normes ni règles. Dépeignant une jeunesse américaine désabusé et perdue, l'auteur laisse peu de place aux espérances pendant une période politique aux Etats Unis marqué par des dissensions importantes avec le bloc Soviétique.

Portrait d'une jeunesse américaine, ce livre dresse, à travers la vie quotidienne d'une bande d'étudiants sur le campus universitaire de Camden, les dérives liés au sexe, à l'alcool et à la drogue.

Les premières pages de se livre sont d'ailleurs très "perverses" : entre obscénités et vulgarité, Brett Easton Ellis ne laisse rien passé au lecteur, l'empoignant dans ses tripes à donner parfois des nausées dans les descriptions de scènes de viol ou de prise de drogue. Passer ces quelques pages, on s'habitue non sans malaise au style de l'auteur : cette vulgarité, cette prise de position sert parfaitement le livre et montre en fin de compte les sentiments des protagonistes.

Le corps et l'esprit réagissent face à la drogue et il est intéressant de voir comment l'auteur parvient à nous en montrer les affres et conséquences avec des conversations auto centrés sur les sentiments et besoins des personnages.

Déroutant par les scènes de crise d'identité, le quotidien banal faisant place aux scènes de fêtes bouillonnantes, le livre est extraordinaire par un suspens pesant : sont ils à ce point dévorés par l'inconscience et sont ils vraiment dépourvus de toute pincée d'intelligence? C'est justement intéressant de voir à quel point on ressent un vide à la fin de la lecture, et je me rassure en lisant diverses avis que je ne sis pas la seule à le ressentir : ces étudiants sont tellement acharnés à vivre de façon superficielle, en aimant le beau et l'attirant, sans creuser davantage, une vie dont les principes se tiennent au plaisir immédiat que l'on ressent sans entrer en profondeur dans les problèmes soulevés afin de les résoudre. Le mal être est évoqué sans même

Et cette impression de vacuité, l'auteur parvient parfaitement à nous le faire ressentir par cette écriture hypnotique. Un livre à lire pour l'innovation littéraire et surtout ne pas s'arrêter aux textes sans doute très crus, mais recelant une véritable réflexion sur une époque ou le slogan était : Sex Drug &rock'n roll !

En bref :

A la fois fascinant par son style d'écriture et les sujets traités, un livre qui se dévore par ce côté quasi hypnotique sur une jeunesse désabusée. Brillant!

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Rédigé par Sabrina.

Publié dans #Littérature Contemporaine

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Publié le 27 Mai 2015

Un après-midi d'automne

De Mirjam Kristensen, Édition Libretto, 2015, Littérature contemporaine

Résumé :

Rakel et Hans Olav, jeunes mariés, se réjouissent de découvrir New York. Au cours d'une visite au Metropolitan Museum, Hans Olav tombe en arrêt devant une toile de Georges de La Tour, La Madeleine pénitente. Rakel s'éloigne quelques instants : à son retour, Hans Olav a disparu. La gardienne lui dit l'avoir vu quitter les lieux au bras d'une femme...

Jusqu’alors épouse comblée et sereine, Rakel se trouve brutalement jetée dans la peau d'’une jolie femme à la dérive, arpentant la ville des semaines durant à la recherche d'’un disparu. Plusieurs rencontres émaillent son périple et lui dévoilent ce qu’'aurait pu être sa propre vie.

Le livre de Mirjam Kristensen commence comme un roman policier et se poursuit en une odyssée intérieure. Comment peut-on, tout simplement, disparaître ? Et finalement, que cherche vraiment Rakel ? Son mari ? Son bonheur évanoui ? Ou seulement à préserver ses illusions ?

Mon avis :

Hans Olav et Rakel sont deux norvégiens en vacance à New York. Au musée du MET, celle ci quitte son mari pour aller aux toilettes. Elle le laisse devant la contemplation de la toile de Georges de La Tour : une femme observant une flamme dans le reflet d'un miroir portant un crane sur les genoux. A son retour, Rakel ne retrouve plus Olaf. Elle tourne dans le musée et retourne à l'hôtel où ils se sont donné RDV en cas de séparation Mais Hans Olaf ne revient pas.

Retournant au MET pour essayer de le retrouver, Rakel revoit l'une des gardes de la salle où se trouve la peinture : Nicole. Elle explique ce qu'elle a vu mais Rakel n'en reste pas moins sûr que son mari reviendra.

Les jours passent, Rakel prévient sa famille et part rejoindre Hanna, une amie de sa mère qui vit à New York et qui accepte de la loger. Elle vit avec son mari, Harold. Leur relation, est teintée de silence et d'interrogations. Elle rencontre également William Hermann, un étrange libraire qui vient lui apporter le portefeuille à moitié vide de son époux.

Se sont les parents de Hans Olaf, Trudi et Hans Martin qui se déplacent de Norvège pour essayer d'apporter leur aide, accompagné de leur second fils, Tobias. Ceux ci ne resteront pas longtemps aux Etats Unis.

Rakel prend la parole et commence son histoire lorsqu'elle revient des toilettes. Elle reste pudique et tout au long de la lecture, elle se pose d'innombrables questions, mais reste dans le déni un long moment au début du livre pensant que Hans Olaf va revenir. L'auteur parvient à faire ressortir toute l'angoisse liée à l'absence et à la disparition avec des phrases simples. Certains passages semblent parfois survolés, mais ils sont emplis d'une telle profondeur qu'on reste lié aux sentiments de Rakel.

En plus de ses recherches, Rakel se laisse parfois emporter par les souvenirs et revoit en filigrane l'image de son mari venir vers elle, elle imagine des dialogues et des réactions de celui ci. Elle en vient parfois à se dire qu'il rentrera là, en poussant la porte pour la retrouver.

Mirjam Kristensen parvient à nous lier à Rakel de façon brillante : On aimerait que Rakel soit plus vive, réagisse en faisant les choses différemment, mais le cheminement qu'elle choisit prend son sens au fur et à mesure de la lecture.

Lors de certaines disparitions, il n'est pas rare qu'en ne trouvant de trace nul part - ni accident, ni mort, ni présence dans un lieu public ou hospitalier - les autorités baissent les bras et évoquent une disparition volontaire. Mais Rakel ne peut imaginer que Hans Olaf la délaisse.

L'atmosphère enfin est indéfinissable : on évolue dans une brume, et on ne lâche pas la lecture tant les mots sont envoutant et addictifs. On se réfère aux sensations et sentiments de Rakel qui sont évoqués avec finesse et précision : de l'angoisse à l'incompréhension, de l'espoir à la réalité, le lecteur vogue au rythme des sensations auditives, gustatives et aux souvenirs qui y sont liés.

L'écriture enfin, en chapitre court, laisse un rythme haché mais pas haletant : le but n'est pas de mettre en lumière le thriller et le livre de suspens. On reste pudique et humble face à la détresse et à la douleur de la perte. Jusqu'au dénouement.

En bref :

Une lecture emprunte de mélancolie, liant l'angoisse de la perte et l'amertume de la réalité. Une très belle découverte... !

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Rédigé par Sabrina.

Publié dans #Littérature Contemporaine

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