Publié le 31 Mai 2016

A l'ombre des cerisiers

Merci à NetGalley et aux éditions Kero pour ce partenariat.

De Dörte Hansen, traduit de l’allemand par Elisabeth Landes, éditions Kero, sortie le 05 mai 2016, Récit.

Résumé :

C’est au printemps 1945 que la petite Vera voit pour la première fois la vieille ferme perdue au cœur d’un immense verger. Sa mère et elle viennent de traverser à pied une Allemagne en ruines.
Soixante-dix ans plus tard, Vera, qui occupe toujours la maison, voit débarquer à son tour sa nièce, Anne, en pleine rupture amoureuse, et son jeune fils Léon.
Les deux femmes, fortes têtes et solitaires, vont affronter ensemble une histoire familiale traversée de secrets et de non-dits. Sauront-elles redonner vie à ces murs hantés par les chimères du passé ? Pour cela, il faudra d’abord apprivoiser les habitants du village qui ne manquent ni de caractère ni d’originalité...
Avec beaucoup de tendresse et un humour mordant, ce premier roman brosse le portrait de deux femmes indépendantes qui vont trouver ce qu’elles ignoraient chercher : une famille.

Mon avis :

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, Véra et sa mère se retrouvent décide de quitter la Prusse orientale en venant s’installer en Allemagne. Dans le « Vieux Pays » au nord, les habitants parlent le « platt », patois locale. Elles trouvent refuge chez une fermière, Ida Eckhoff, qui accepte ces réfugiées « Pollack ». Véra grandit dans cette grande demeure qu’elle se refuse de quitter.
Véra exerce en tant que dentiste dans ce même village, et vit toujours dans cette maison qu’elle refuse de quitter. Elle arpente les pièces et ne les modifie pas, gardant en mémoire les traces du passé. Malgré la froideur des murs, l’inconfort, elle se sent chez elle. Mais cette maison ouvre à nouveau ses bras pour de nouvelles personnes : Anne, la nièce de Véra et son fils Léon. Celle-ci vient se réfugier chez Véra suite à une situation conflictuelle dans son couple. Anne et Véra communiquent parfois par des silences entendus. Et à l’ombre des cerisiers se déroulent des moments difficiles aux émotions intenses.

Au travers de ces vies, l’auteure dresse des portraits mélancoliques, rudes, bruts de ses personnages. L’identité est un fil conducteur dans ce livre, mais aussi les liens familiaux, les liens humains dans une petite région d’Allemagne à la campagne. Les personnages y sont toujours dépeints avec respect.
Véra est sans doute le personnage le plus énigmatique : sa volonté de solitude, ses choix, ses décisions la rendent touchante, humaine. Les liens familiaux expliqués dans le livre sont un enchevêtrement d’histoires et de souvenirs épars et le plus souvent tristes. Véra a la personnalité de la maison qu’elle habite : froide et austère, mais qui regorge d’une chaleur insoupçonnée. Anne est un personnage plus secondaire qui m’a plu surtout dans sa pudeur. Quant à l’espièglerie de Léon, elle permet des touches apaisantes pour la famille.
Une quête d’identité sur fond d’histoires de femmes, permettant à plusieurs générations de s’exprimer à des époques différentes. Il sera plus question ici des séquelles de la Seconde Guerre mondiale, comme pour Karl, le fils d’Ida.

L’entrée dans le livre était complexe, car il y avait beaucoup d’informations diverses et importantes dès le début du livre, cela était parfois même lourd de reprendre le début du chapitre, mais au fur et à mesure, aidés de chapitres courts, on s’habitue au style de l’auteur et on est attentif aux détails comme les cerisiers, l’importance de la maison comme fondation de l’identité des personnages. Un livre fort, triste, mais touchant et puissant dans les émotions qu’il exprime.

Un petit mot sur l'objet livre : j'aime particulièrement celle ci qui donne à l'objet livre une beauté poétique.

En bref :

Un livre riche en émotion, une quête d'identité au sortir de la Seconde Guerre Mondiale dans un petit village au Nord de l'Allemagne. Dörte Hansen évoque tout en pudeur les souffrances de ses personnages avec rationalité. Un premier roman percutant malgré un début de roman beaucoup trop riches en informations.

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Rédigé par Sabrina.

Publié dans #Littérature Récit

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Publié le 22 Mai 2016

Les grandes jambes

Merci à NetGalley et aux éditions Slalom pour m'avoir permis de connaitre ce livre.

De Sophie Adriansen, édition Slalom, jeunesse, sortie prévue le 9 juin 2016, Jeunesse.

Résumé :

Marion, collégienne en pleine croissance, est obsédée par la longueur de ses jambes qui n’en finissent pas de s’allonger, rendant la recherche d’un jean qui lui aille bien extrêmement délicate. A l’âge des complexes, des premiers émois amoureux et de la construction de l’image de soi, être hors cadre se révèle parfois difficile, voire douloureux. Comment attirer les regards de Grégory, dont elle est amoureuse, avec un pantalon qui lui découvre les chevilles ?

Mais alors que le collège part en voyage scolaire à Amsterdam, Marion profite de cette occasion pour élargir son horizon. Elle approfondit sa passion pour l’art, notamment en découvrant in situ le célèbre tableau La Ronde de nuit, et met en perspective ces contrariétés d’adolescente née après l’an 2000 en visitant la maison d’Anne Frank.

Mon avis :

Marion est adolescente, et comme toutes les jeunes filles de son âge, elle se soucie de son apparence physique. Marion est grande, très grande, et sa croissance semble ne pas vouloir s'arrêter. Pour elle, la difficulté de trouver un pantalon à la taille de ses grandes jambes se rajoute celle de faire face aux moqueries de ses camarades. Loin d'être seule, sa meilleure amie, Charlotte, ne voit en elle que l'amie et la confidente.
Lors d'un voyage à Amsterdam avec sa classe, le tableau de Rembrandt sur lequel elle rédige un exposé avec Charlotte, La ronde de nuit, lui permet de faire son introspection, mais aussi de se rapprocher de Grégory, le jeune homme qui fait battre son cœur.

J'ai découvert Sophie Adriansen avec "Mon sourire pour guérir - Sauvée par un veilleur de vie". Ce témoignage fut lumineux, humain et portait un message fort. Je retrouve avec "Les grandes jambes" ce besoin de faire passer un message.
L'adolescence est un moment difficile : le corps se développe, notre identité s'affine, et parfois, nous avons du mal à nous définir. L'adolescence, c'est le moi en devenir. Mais lorsque nous ne faisons pas partie de la "norme", les plus critiques seront les autres adolescents, mais plus encore, nous-même. Nous aimerions ressembler à un idéal. Le personnage de Marion explique dès le départ qu'elle souffre de sa grandeur, pas uniquement du regard des autres, mais surtout dans ses difficultés à s'habiller comme tout le monde avec un jean. Ce problème, à première vu futile, n'est pas à voir avec nos yeux d'adulte : l'importance pour un jeune, ce n'est pas d'être forcément mature pour son page, mais d'être accepté par les autres.
Progressivement, Marion se rend compte que cela prend beaucoup de place dans son quotidien : est-ce qu'on va voir mes chaussettes ? Et arrive ce voyage à Amsterdam dans le cadre d'un travail scolaire. Marion prend conscience que sa "différence" ne l'est pas forcément dans ce pays.

Ce qui m'a gênée, ce fut des paroles que Marion a tenues au début du livre pour une vendeuse trop ronde. Mais au final, les réflexions qu'elle s'est faites sont également une preuve qu'à cet âge, on ne se rend pas compte que les mots blessent. Elle-même qui souffre des moqueries de ses camarades est capable de blesser par ses mots.

Le thème de l'identité dans un livre jeunesse me semble important : se chercher, se connaître, se comprendre est un cheminement compliqué, mais il est nécessaire d'avoir une vraie ouverture d'esprit. Marion n'est pas exclue des autres camarades, elle vit simplement une situation difficile pour elle, et celle-ci est racontée sans minimiser ni exagérer les événements, ce qui est vraiment appréciable.
L'amitié, l'amour sont des thèmes également présents dans ce livre et cela m'a ramenée avec nostalgie à mes années collège et lycée... Autre époque, mais même problématique.

Le plus de ce livre ? Il nous intéresse à l'ART! J'ai trouvé cela original et très bien menée de ne pas ramener le quotidien adolescent à la musique, aux films ou autres activités souvent exposées. Mais l'art, Rembrandt, cela donne au livre une autre portée : intéresser le public à son ce peintre ! Réussi pour ma part, car je suis allée jeter un œil sur l'œuvre !

En bref :

Un livre sur l'identité, l'amitié, et l'art. Tout cela écrit avec simplicité par une auteur nous parlant de sa propre expérience. A offrir à tout adolescent !!

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Rédigé par Sabrina.

Publié dans #Littérature Jeunesse

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Publié le 20 Mai 2016

Aux petits mots les grands remèdes

Merci à NetGalley et aux éditions Préludes pour m'avoir permis de découvrir ce livre.

De Michael Uras aux éditions Préludes, sortie prévue le 01 septembre 2016, littérature Thérapie.

Résumé :

Alex a choisi d'exercer un métier peu commun : bibliothérapeute.
Il tente de soulager les maux de ses patients grâce à la littérature. Parmi eux, Yann, un adolescent malmené à l'école, qui refuse de s'ouvrir au monde, le cynique Robert Chapman, étouffé par son travail, qui a oublié comment parler à sa femme et Anthony Polstra, le célèbre joueur de foot qui refuse de s'avouer certaines de ses passions.
Mais si Alex se montre doué dans sa profession, il doit bien reconnaître que sa vie privée laisse à désirer...
La littérature pourra-t-elle aider le bibliothérapeute lui-même ?
La clef du bonheur se trouve-t-elle entre les lignes des ouvrages qu'il a tant aimés ?
En convoquant les auteurs qui ont copté, Michaël Uras propose sous une plume vive et légère, une histoire revigorante et moderne qui rend hommage aux mots, ceux des autres, ou ceux que chante notre petite musique intérieure.

Mon avis :

Soigner les maux par les mots. C'est le métier d'Alex qui est bibliothérapeute. Tout au long du livre, nous partageons son quotidien et ses rencontres avec trois patients :

- Yann, un jeune homme victime d'un accident dont les rapports avec sa mère sont dans la surprotection.
- Polstra, un joueur de foot qui se cherche et tente de trouver sa voie.
- Chapman, un homme pressé, courant après le temps qui lui manque et qui aimerait que les rapports avec son épouse puissent redevenir chaleureux.

Alex partage également son quotidien, ses relations avec sa famille, sa mère plus particulièrement qui n'a jamais été d'un grand secours dans sa vie, ses tantes avec qui il n'entretient pas de rapports très cordiaux. Et il y a Mélanie, cette femme qu'il aime, continue d'aimer malgré la rupture.

Un livre parlant des livres et mettant en avant leur bénéfice, intellectuel ou émotionnel ? J'adhère ! Mais ce livre, loin d'un cliché, fait résonnance à un fait d'actualité : de plus en plus de thérapeutes utilisent les livres. Il plaira davantage à un public féru de lecture et de conseil littéraire. Mais je suis certaine qu'il trouvera sa place dans certaines bibliothèques.
Michael Uras écrit avec douceur, et nous emporte dans ses souvenirs littéraires avec délice. Le livre regorge d'ailleurs de titres de livres et d'auteurs qui ont réussi à aiguiser ma curiosité. Force, mais également faiblesse, car il y a une redondance à parler d'un livre et de retrouver les mêmes informations qu'Alex avait déjà donné dans le livre. Ces informations auraient pu se retrouver à la fin du livre pour un meilleur confort de lecture, Alex donnant les informations dans l'histoire, ajoutant de l'intérêt pour ses connaissances.

J'ai foi au pouvoir des mots depuis longtemps, et je reste persuadée qu'un livre est en capacité de changer une personne et lui redonner foi en lui ou une énergie nouvelle pour faire face à ses problèmes. Alex est capable de citer quasiment un livre pour chaque demande, et pas forcément des classiques. Il n'a pas de pouvoir particulier hormis celui d'éclairer l'horizon de la personne et de l'amener à la bonne réflexion. Ainsi, chacun de ses patients parvient à se retrouver dans les personnages, permettant d'avancer sur leurs chemins. Les mots soignent, et le livre permet au lecteur de prendre conscience de cet atout à la littérature.

Quatre arcs principaux jalonnent le livre : Alex et ses trois patients, Alex et Mélanie. J'ai apprécié ces différents arcs narratifs, même si j'avais aimé suivre une histoire après l'autre. Les mélanger, c'est suivre le rythme de vie d'Alex, ses journées, entre ses préoccupations personnelles et les réflexions sur ses patients. La relation avec Mélanie, loin d'être morose, donne de l'énergie à Alex : il espère, tente, et ne baisse pas les bras. Sera-t-il récompensé?

Dans les thèmes abordés, nous retrouvons cette relation avec la mère, qui est présente à la fois chez le bibliothérapeute, mais aussi chez l'un de ses patients, Yann. Les réflexions d'Alex durant son suivi se rapportent d'ailleurs souvent à sa propre mère, et on observe son cheminement pour parvenir à se détacher de son vécu pour en éviter les douleurs.
Les livres associés aux patients trouvent leur place : le parallèle est évident et sert à Alex pour les faire au mieux cheminer. Les mots ont un pouvoir tout particulier, il suffit d'ouvrir un livre et trouver celui qui remuera en nous des sensations fortes. "Aux petits mots, les grands remèdes" ne donne pas mauvaise presse aux autres thérapies et Alex connaît bien les limites de sa prise en charge.

En bref :

Une lecture légère, mais qui pousse tout de même à la réflexion sur notre quotidien. Un livre généreux en proposition littéraire, et une vision de la bibliothérapie ou comment soigner les maux par les mots. Un livre "médicament".

Petit plus ? A la fin du livre, vous trouverez des explications supplémentaires données sur les livres conseillés par Alex.

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Rédigé par Sabrina.

Publié dans #Littérature Thérapie

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Publié le 20 Mai 2016

Le monde et les livres.

Bonjour amis lecteurs (rices).

Aimez-vous voyager ? Changer d'horizon ? Être malmenés par des récits sortant de votre zone de confort ?

La lecture a depuis toujours été une fenêtre ouverte sur des mondes dont l'imagination n'avait pas de limite : lire, s'imprégner, repenser et vivre les émotions et les différentes scènes. Se transformer en compagnon torturé ou en aventurière des temps modernes, et aller jusqu'au fin fond de la Galaxie.

Mais sortir de sa zone de confort, c'est faire des expériences littéraires à la fois uniques, mais refaisables. Ainsi, la littérature a ce pouvoir de recéler en elle bon nombre de trésor. Il suffit d'ouvrir la porte d'une librairie ou d'une bibliothèque et se laisser guider non pas vers ce qui nous attire, mais vers l'inconnu.

Depuis un an, j'essaye d'élargir mes horizons et découvrir des pays ou des auteurs. Pari gagné, car cela m'a permis de découvrir des univers totalement différents. Et du froid de Norvège en parcourant les déserts de Russie, j'ai voyagé jusqu'en Australie à la pointe de l'Argentine.


Bien entendu, j'ai encore des pays que je ne connais pas, que je découvre via les différents réseaux sociaux et les maisons d'édition. Mais c'est cela qui me fait du bien ! :-)

J'en arrive donc au sujet du post : le tour du monde du livre ! ^^

Via le site Livraddict, nous avons la possibilité de visualiser les nationalités des auteurs lus ainsi que le nombre d'auteurs lus. J'ai renseigné uniquement les livres lus depuis 2011 car j'ai débuté mon carnet à cette date. 28 nationalités à mon actif...

Du coup, mon challenge personnel pour cette année 2016 :

    ​ Lire 10 auteurs de nationalités différentes que je n'ai pas encore découverts.

J'ai déjà quelques livres qui sont arrivés dans ma bibliothèque, mais je suis toujours à l'affût de nouveautés et d'auteurs.

Je n'ai rien contre les succès commerciaux, au contraire ! Mais je reste une vraie curieuse, oui oui, tu sais la jeune femme qui se trouve à genoux à la librairie pour voir les livres tout en bas de l'étagère... lol oui, c'est du vécu.

En tout cas n'hésitez pas à me conseiller et à me faire partager vos cartes mondiales de la lecture :-).

À très bientôt amis lecteurs !

Sabrina

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Rédigé par Sabrina.

Publié dans #BLABLA livresque

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Publié le 17 Mai 2016

Le monde sensible

Merci à Lecteurs.com ​pour leur concours et m'avoir permis de découvrir ce livre.

De Nathalie Gendrot, éditions de l'Olivier, janvier 2016, Roman, Douleur.

Résumé :

Delphine navigue sur les océans et rencontre des monstres marins. Elle fait des équations, des calculs, établit des courbes. Elle croise une femme en robe couleur de Soleil et une femme en robe couleur de Nuit. Toutes deux sont en réalité les infirmières qui se relaient à son chevet. Les chiffres, eux, désignent les variations de la douleur. Et la navigation commence quand la morphine coule dans ses veines. Car Delphine est hospitalisée à la suite d’un accident. Et Morphée est devenu le centre de ses désirs et de ses rêves.

Le Monde sensible raconte ce voyage intérieur. Il n’est pas certain que la narratrice souhaite en revenir.

Mon avis :

Delphine est géographe, et rencontre trois jours plus tôt Elvin. Les regards échangés puis une danse plus tard, ils décident de se revoir. Ce soir-là, elle le voit sur le trottoir d'en face, elle court, traverse, et ce fut le choc : Delphine se fait renverser par une voiture. Elle voulait arpenter la planète, la connaître dans ses moindres recoins malgré sa peur.
Le réveil se fait dans un entre deux, un moment où le corps est une masse inerte que nous ne savons plus faire bouger. Elle se reconnecte à la réalité avec lenteur. Elle connaît le flou, les bruits perçus sans les reconnaître, et ce jeu de deviner ce qui se passe plus loin. Fermer les yeux et les ouvrir. Être trop faible pour rester éveiller, trop faible pour dormir. Elle découvre cette échelle verbale de la douleur, de 0 à 10, et ces chiffres qui la suivront tout au long de son séjour à l'hôpital.

Le résumé de ce livre résonnait en moi. L'envie de découvrir ce qui se cachait derrière cette hospitalisation. J'ai été surprise, choquée, interloquée, triste de lire entre ces pages des moments que j'ai vécus. M'y replonger a été chargé d'émotion.

L'hospitalisation et cette blouse qui infantilise, ce "on" impersonnel qui nous enlève notre identité. Ces fils entrants et sortants de notre corps, causant honte, brulure, gène. Et cette douleur, qu'une échelle jusqu'à 10 ne suffit pas à décrire. Pourtant, la description de ce milieu est neutre : elle explique et décrit les événements qui rythment une journée. Elle explique les passages, les regards, ce qu'on dit aux patients, ce qu'on garde pour la famille. Ce non-dit permanent. Cette douleur qui accompagne le corps. Elle donne de la vie à sa plaie, lui donne un souffle, lui donne la parole. Celle-ci s'exprime et se rappelle à sa mémoire.
Il y a également ce rapport à la Morphine et Morphée. Celui-ci chez qui elle plonge volontiers pour reposer le corps et la tête. Cette douleur qu'elle essaye de feindre, de ne pas lui donner de l'importance pour l'empêcher de l'atteindre.

L'écriture de l'auteur est marquée, fait de phrases courtes, de chapitres courts donnant un rythme. On suit une ligne chronologique, de l'accident, à l'hôpital et ainsi de suite. Le premier roman de Nathalie Gendrot m'a émue pour la proximité avec mon vécu. Mais j'y aurais souhaité plus de rage : beaucoup de tristesse, mais aussi de l'espoir.

En bref :

Un premier livre qui m'a émue, exposant avec neutralité les moments rythmant une hospitalisation. Une écriture fluide permettant au lecteur de suivre les ressentis du personnage.

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Rédigé par Sabrina.

Publié dans #Littérature Roman, #Littérature Douleur

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Publié le 16 Mai 2016

Le dédale du passé

Merci à NetGalley et aux éditions Stock de cette opportunité de découvrir ce livre.

​De James Scudamore, édition Stock, avril 2016, Roman, Drame.

Résumé :

Jasper Scriven habite Wreaking, un hôpital psychiatrique désaffecté sur la côte sud de l'Angleterre. Il erre dans les bâtiments vides dont il cherche à capturer les souvenirs et les consigne sur des feuilles volantes qu'il envoie chaque semaine à sa fille Cleo.
Cleo est monteuse pour une chaîne d'informations à Londres, l'actualité est sa matière, un présent envahissant qui la maintient à l'écart des traumas et des démons du passé.
A quelques pas pourtant, chaque soir, Roland, un géant au grand cœur et ami d'enfance, la surveille.
Ces héros solitaires sont liés par un terrible accident qui s'est joué il y a bien longtemps dans l'enceinte de Wreaking, un drame qui les hante et dont ils cherchent à se libérer. Mais pour cela, il leur faut regarder le passé en face.
Une histoire d'amour et de folie ordinaire, glaçante et envoûtante.

Mon avis :

Jasper Scriven vit dans le Sud de l’Angleterre dans un hôpital psychiatrique désaffecté qu’il a acheté avec le projet de le transformer en une école privée avec l’une de ses compagnes. Il a une fille, Cléo, dont on apprend très vite qu’elle possède un œil de verre, vestige d’un accident passé. Elle travaille comme monteuse vidéo, mettant en forme les images de catastrophes naturelles ou de faits divers. Pour sa sécurité, Roland, un ami d’enfance, veille sur elle du coin d’une rue face à son appartement, se faisant discret et ne cherchant pas à faire partie de sa vie actuelle. Son allure d’homme à muscles lui vaut un travail « à côté de la loi » auprès de Victor, le demi-frère de son ami Oliver : cambriolages et intimidations sont lot quotidien. Ce dernier est un être déchiré, complexe, vrai dans ces errances et dans sa rage.


Le livre explore les vies de ces personnages, leurs obsessions, entre un père obnubilé par l’hôpital et ses errements à l’intérieur de ses murs, Cléo, qui nous explique la construction de sa vie, ses choix. Roland quant à lui est un personnage complexe dès son enfance, et sa retenue dans son comportement a davantage attiré mon attention, ainsi que cette capacité à la culpabilité.
Ce livre est un dédale, un labyrinthe. Nous cherchons notre chemin aux travers de l’histoire, tentant vainement de raccrocher les indices que l’auteur nous laisse pour répondre à nos interrogations. James Scudamore pose les bases d’un questionnement permanent sur la psychologie des personnages. Complexes, meurtris et habités par des angoisses et obsessions diverses, il dresse des portraits attachant : qu’arrivent ils à ces personnages ? Dans la première partie du livre, l’auteur nous les présente tels qu’ils sont, tels qu’ils évoluent dans leur quotidien. Les questions abondent : pourquoi réagissent-ils ainsi ? Pourquoi père et fille ont-ils une telle relation ? On se perd également dans les témoignages recueillis par le père sur les anciens patients de Wreacking, et on s’interroge sur les raisons des hospitalisations. On s’étonne également de découvrir ce qu’était l’hôpital psychiatrique avant. On ne peut s'empêcher de faire le parallèle entre l'architecture de l'hôpital et les vies de ces personnages : brisées, cabossées en tout sens, gardant en elles les stigmates du passé.


Dans la seconde partie du livre, on se trouve plongé dans la jeunesse de Cléo, Roland et Oliver. Leur relation est expliquée et de nombreuses questions surgissent auxquelles nous aurons des réponses dans la troisième et la quatrième partie.


L’hôpital, Wreacking, est, au-delà de porter en lui les réponses à diverses questions, est un personnage à part entière de l’histoire. Ceux-ci évoluent à l’intérieur pour diverses raisons : reconstruction, aménagement, terrain de « jeux ». C’est également un endroit dépeint par ces facettes cabossées, cassées, en ruine. Le parallèle avec l’état des personnages est facile : Jasper Scriven a une maladie pulmonaire, nombreuses sont les pages où nous lisons les symptômes de celle-ci, agissant sur son quotidien, diminuant ses forces et ses capacités. Cléo, dont l’œil de verre est une cicatrice de son passé. Roland, torturé par la culpabilité. Oliver, dont le caractère vif lui vaut plus d’une fois des problèmes.
Les personnages, comme je l’ai déjà souligné, sont dépeints dans leurs plus petites imperfections. Rien n’est caché au lecteur, des addictions, aux erreurs en passant par les frustrations. Et c’est qu’on aime y lire : des vies portant des blessures.


Le passé lie les personnages : leur point commun reste Wreacking. L’auteur crée beaucoup de frustration chez ses lecteurs dès le début du livre, livrant en compte goutte les réponses face à des questions toujours plus nombreuses : comment Cléo a-t-elle perdu son œil ? Quelle était sa relation avec ses amis durant l’adolescence ? Quelle est la relation entre le père et la fille ?
Les réponses, distillées avec calme et sans précipitation, sont fragiles, bouleversantes. Il y a une distance entre les faits et la réaction des personnages qui choque, perturbe. Mais progressivement, tout se dévoile, et la toile est achevée. Le lieu commun de ces personnages, cet hôpital psychiatrique en ruine donne voix aux personnages et le lecteur parvient à retrouver son chemin dans sa lecture : il est repu et sa frustration apaisée en fermant le livre. Malgré tout, on ne ressort pas indemne de ce livre, et on y pense encore celui-ci fermé : on a aimé s’y perdre, et on est bouleversé par la profondeur et l’intensité de ses émotions.

En bref :

Une lecture qui bouleverse et interroge. On n'arrive pas à lâcher le livre non par voyeurisme, mais par besoin de comprendre comment ils en sont arrivé là. Un livre à lire!

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Rédigé par Sabrina.

Publié dans #Littérature Drame

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Publié le 15 Mai 2016

Cris

De Laurent Gaudé, édition Actes Sud, 2004, Histoire.

Résumé :

Ils se nomment Marius, Boris, Ripoll, Rénier, Barboni ou M'Bossolo. Dans les tranchées où ils se terrent, dans les boyaux d'où ils s'élancent selon le flux et le reflux des assauts, ils partagent l'insoutenable fraternité de la guerre de 1914.
Loin devant eux, un gazé agonise. Plus loin encore, retentit l'horrible cri de ce soldat fou qu'ils imaginent perdu entre les deux lignes du front, " l'homme-cochon ".

A l'arrière, Jules, le permissionnaire, s'éloigne vers la vie normale, mais les voix de ses compagnons d'armes le poursuivent avec acharnement.

Elles s'élèvent comme un chant, comme un mémorial de douleur et de tragique solidarité. Dans ce texte incantatoire, l'auteur de La Mort du roi Tsongor (prix Goncourt des lycéens 2002, prix des Libraires 2003) et du Soleil des Scorta (prix Goncourt 2004) nous plonge dans l'immédiate instantanéité des combats, avec une densité sonore et une véracité saisissantes.

Mon avis :

La Première Guerre mondiale. L'Homme est en capacité de construire de grandes choses, d'écrire, de philosopher, de protéger. Mais il est capable d'atrocités sans noms, laissant des traces immuables dans la mémoire collective. Et pourtant, elle devait être la "Der des Der".
Plongeant dans ce livre, j'ai été happée par la profondeur, la simplicité du texte et l'émotion palpable à chaque page. Il n'y a aucune description de bataille, pas de grands mouvements militaires. Il y a ces hommes, venant de tout horizons. Marius, Boris, Barboni, M'Bossolo... Ces hommes que tout sépare et qui sont frères d'armes.

Ils nous parlent, explorent leurs mémoires, leurs émotions, leurs visions. Leur incompréhension est grande de voir ce monde de boue dans lequel ils évoluent : ces tranchées, construites parfois comme par automatisme. La vie à l'intérieur, c'est se terrer, comme un ver de terre, ne plus ressembler à un homme hormis dans la forme, tellement la terre macule les vêtements et les visages. Ont ils seulement encore une identité propre ?
Laurent Gaudé rend hommage à ces hommes qui ont vécu l'indicible. Encore une fois, ce témoignage est intéressant dans sa forme, car il met en lumière les soldats de première ligne et pas les stratégies militaires. Tour à tour, il donne la parole à chacun des personnages, des paragraphes courts permettant de dresser les sentiments, de suivre le conflit de leurs yeux.

L'écriture est toujours aussi précise et emplie d'émotions :

"J'apprends à détester la pluie. Elle se glisse partout. Je la sens le long de mon échine. Je la sens me geler les chairs. Aucun moyen de s'y soustraire. Aucun moyen de se sécher. Il faut accepter d'être inondé en permanence. Attendre les ordres. La terre autour de nous, la terre rugueuse et solide pour laquelle nous nous battons, prend des airs de marécage. Tous les trous d'obus s'emplissent de vase. Les parois des tranchées suent de la boue."

Larent Gaudé a une plume que j'affectionne tout particulièrement. Vous trouverez également l'avis sur le blog de "Sous le soleil des Scorta".

En bref :

Un livre pour se souvenir, un livre pour s'émouvoir, un livre pour ne jamais oublier. Elle devait être la "Der des Der".

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Rédigé par Sabrina.

Publié dans #littérature Histoire

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