Publié le 17 Avril 2016

La forêt des murmures

Par Aurélie Genêt, chez Nats Editions, Aventure, Fantasy, 2016

Résumé :

Tout était sombre.
La forêt n’était plus que noirceur, tel un soir d’été quand un orage violent va s’abattre. D’ailleurs, le bruit qui se dégageait des feuillages agités malgré l’absence de vent assourdissait plus qu’un grondement de tonnerre continu.
Au milieu de cette obscurité surgissaient de partout des rubans d’or éthérés. Ils s’enroulaient autour des troncs, se détendaient, se tordaient en tous sens, laissant dans leur sillage des gerbes étincelantes.

Suivez Amadis dans sa quête de revanche sur les mystérieux mais terribles occupants de La forêt des murmures, les Darlaz.

Mon avis :

Adamis est un jeune homme qui devra faire face dès les premières pages, à une situation qui le conduira à quitter son village, les personnes aimantes qui l'ont accompagné dans la vie, l'univers familier dans lequel il a grandi.
Accompagné de sa fidèle mule blanche, il arrive à Sagois, ville qui sera pour lui source de révélation importante. Mais avant d'y arriver, il devra faire face à l'attaque des Darlaz alors que lui et ses accompagnateurs coupaient en pleine forêt. Il fera connaissance avec Elrène, chef de cette population.
Au fur et à mesure de l'aventure, Adamis fait face à de nombreux choix qu'il devra prendre : mais est-il prêt à les faire ? En a-t-il les ressources ?

Difficile de résumer ce livre sans risquer de trop en dévoiler, car même court, il est si bien travaillé que nous sommes embraqués dans l'intrigue dès les premières pages. Nous retrouvons d'ailleurs tous les thèmes chers à la fantasy, mais sans sombrer dans le "Dark" : l'imaginaire, mais aussi cette atmosphère médiévale. Cela sert parfaitement l'histoire, car à certains moments, j'aurais pu penser lire un récit dont l'intrigue se déroule au moyen-âge.

L'ambiance générale du livre n'est pas sombre, mais est à chaque moment ponctuée d'incertitude. On le ressent davantage dans les moments où Adamis se retrouve au côté de sa mule blanche, repère important pour lui. Je ne comprenais pas pourquoi l'auteur insistait régulièrement sur la blancheur de la mule, mais lorsqu'un nœud de l'histoire est dénoué, chaque pièce du puzzle s'assemble.
Le livre regorge de descriptions, sans être lourd Elles permettent au contraire de bien cerner les lieux, de leur donner vie et de les "voir" durant la lecture. Ainsi, la Forêt des murmures, les châteaux, la crypte sont des personnages tout aussi bien présentés que les protagonistes principaux. Le souci du détail demeure entier.

Aurélie Genêt utilise la langue française à la perfection et de façon précise, et chaque phrase est rédigée sans précipitation. C'est d'ailleurs l'un des plaisirs du livre : du début à la fin, il n'y a pas de changement de style ni de répétition ou de précipitation dans le texte. Au contraire, les scènes sont bien travaillées et permettent aux lecteurs de rester concentré dans le texte.
Je suis restée parfois perplexe lors de certains dialogues : certains passages étaient parfois "trop bien tournés" et on sentait moins de spontanéité dans ces dialogues. L'effet moyenâgeux.
Les personnages sont décrits moins dans leur physique que dans leur personnalité. C'est d'ailleurs ce que j'ai le plus apprécié dans cette description : l'auteur permet donc au lecteur de se les représenter. Elle précise des points précis comme le regard, la couleur des cheveux, sans entrer dans une description trop appuyée. Leur caractère par contre est bien décrit, autant dans leurs actes que leur parole. Avant qu'Adamis ne possède toutes les cartes en main, son comportement était semblable à chaque adolescent : spontané et pas toujours réfléchi. Mais c'est aussi ce qui fait qu'on s'y attache.

Une lecture agréable, d'un niveau littéraire élevé et précis. Premier récit que je découvre de l'auteur, à qui j'en veux personnellement de cette fin, en toute bienveillance. Elle ose laisser le lecteur dans un tel état qu'une suite est obligatoire pour répondre à toutes les questions qui sont nées. :-)

En bref :

Une lecture qui permet de se promener dans l'imaginaire. Quel plaisir de se plonger dans ce monde! L'auteur a un talent certain pour raconter les histoires.

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Rédigé par Sabrina.

Publié dans #Littérature Fantasy, #Littérature Aventure

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Publié le 17 Avril 2016

Le trésor de Monsieur Isakowitz.

Par Danny Wattin, édition Presse de la Cité, autobiographie, histoire 2015

Résumé :

Le voyage aussi rocambolesque qu'hilarant d'un grand-père, son fils et son petit-fils à la recherche d'un trésor enfoui pendant la Seconde Guerre mondiale. Lorsque Leo Wattin apprend au détour d'une conversation que son arrière-arrière grand-père, Hermann Isakowitz, avait dissimulé un trésor avant d'essayer de fuir le régime nazi, il propose à son père, Danny, et à son grand-père, Hans, de partir à sa recherche. Voici donc trois générations d'hommes rassemblées dans une voiture pour un incroyable road trip, depuis leur point de départ en Suède jusqu'à la ville natale de leur aïeul, Malbork, en Pologne...

Mon avis :

Danny appris un jour que son grand-père Isakowitz aurait caché un trésor dans le jardin de sa propriété avant de fuir l'Allemagne nazie. L'un de ses fils lui suggère alors avec le plus grand sérieux d'aller à la chasse au trésor. L'idée en elle-même ne ravissait pas tout de suite Danny, mais faisant son chemin, il attendit que son fils soit plus grand afin de l'emmener, avec son père, sur les traces de sa famille.
Depuis la Suède, ils débutent leur voyage en passant de villes en souvenirs. Les trois générations se côtoient, se racontent, et Danny, jusqu'au village à présent polonais de son grand-père, passe en revue l'histoire de sa famille, des déportations, des camps, de l'émigration et de la reconstruction.

Danny Wattin nous livre ici un témoignage de ce que sa famille a subi durant la Seconde Guerre mondiale. Sous le couvert d'un road trip, il se raconte : les relations avec son père, la vie de ce dernier. Sa famille a quitté l'Allemagne nazie avec beaucoup de difficultés pour s'installer en Suède. Tour à tour, il raconte la vie de ses grands-parents, de ses arrières grands-parents, de ses oncles et tantes, la façon dont ils ont survécu aux camps de la mort et comment ils ont pu, pour certains en sortir.

Le décalage imposé par l'auteur était difficile par moment à suivre : il raconte son périple jusqu'à la petite ville de Malbork, les relations parfois difficiles avec son père, et parallèlement à cela, raconte des bribes de vie de ses proches : comment certains ont fui, d'autres sont restés, les difficultés de trouver un pays qui allait accueillir des Juifs. Bref, ces allées et venues incessants m'ont parfois perdue, essayant de raccorder les branches de cet arbre généalogique, en essayant surtout de ne pas les confondre.

Ce qui ressort également de ce livre est cette volonté farouche de vivre : malgré les horreurs de cette Guerre, sa famille a tenté le tout pour le tout, à la sueur de leur front, de se reconstruire. Les souvenirs douloureux égrenés dans le livre sont expliqués avec beaucoup de recul : sans être larmoyant, Danny Wattin nous parle des faits et de la force et parfois des faiblesses de ces personnes qui ont connu l'horreur.
À la fois tendre et complice, Danny Wattin sait parler au lecteur avec émotion. Il parle de la Shoah en tant que fils de survivant, et ainsi prend la parole pour sa famille pour dénoncer l'horreur abjecte de cette période. Avec humour, il nous livre sa relation au père, ponctuée parfois de certaines difficultés, mais toujours sensible et forte. "Être humain" est un droit acquis à la naissance, mais l'Homme sous couvert de pouvoir a préféré, en de nombreuses époques avilir et renier cette humanité au profit des biens, des richesses et de ce pouvoir qui a détruit. L'auteur nous rappelle ainsi l'importance de nos Droits, mais aussi de nos Devoirs.

L'écart générationnel aide également à prendre ce recul : en effet, Danny Wattin n'a pas connu les horreurs, il peut ainsi en parler avec un certain détachement, nécessaire pour recevoir les confidences de ses proches. Car ce qu'il nous raconte, c'est sa famille qui le lui a confié.
La fin du livre se termine de façon émouvante, agrémentée de quelques photos qui ont déclenché, et on le comprend, l'émotion de cette petite expédition.

En bref :

Un témoignage de plus sur les horreurs de cette Guerre qu'il ne faut jamais oublier. L'être humain doit réellement apprendre de ses actes passés afin de construire un meilleur avenir. Mais le fait il vraiment...?

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Rédigé par Sabrina.

Publié dans #littérature Histoire, #littérature autobiographie

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Publié le 16 Avril 2016

Ta façon d'être au monde

De Camille Anseaume, aux éditions Kero, Roman, Drame, 2016

Résumé :

Elles sont amies d’enfance. L’une est inquiète, rêveuse, introvertie ; l’autre est souriante, joyeuse, lumineuse. Ensemble, elles grandissent, découvrent la vie, l’amour. Jusqu’à ce qu’un drame bouleverse le monde qu’elles se sont bâti... Un roman poignant sur l’amitié, le deuil, et sur ce point de bascule irréversible qui sonne la fin de l’insouciance.

Mon avis :

« Elle » est une jeune fille qui vit dans un monde qu'elle ne perçoit pas forcément comme les autres. Elle se sent « différente », malgré son entourage, malgré les plaisirs de la vie. « Elle » est souvent inquiète de son monde, de ne pas faire les choses bien, de ne pas être à la hauteur. Très jeune, une certaine culpabilité s’est emparée d’elle sans plus la quitter. Se sentant comme responsable de quelque chose, sans savoir ce que c’était.


« Tu », c’est celle qui devient son amie, celle avec qui elle va évoluer, jouer, changer. « Tu », comme « Elle », n’a pas de nom. Progressivement, leur amitié évolue, devient plus forte, et « Tu » deviens le modèle qu’« Elle » aimerait suivre. « Tu » est belle, fière, a confiance en elle et au monde.
Ta façon d’être au monde raconte l’amitié qui naît de ces personnages. Naît de ce choix une impression d’immuabilité, mais également d’intemporalité. Elles sont toutes deux différentes, l’une plus introvertie que l’autre, cherchant à devenir son modèle, sa référence dans ce monde qu’elle n’arrive pas toujours à comprendre ou à maîtriser. Elles grandissent, et cette amitié se transforme. Leur complicité s’épanouit, jusqu’au groupe d’amis qu’ils vont former plus tard. Ces liens qui se tissent et se renforcent avec le temps.


Ce livre est différent dans le style que le précédent livre de Camille Anseaume. On retrouve toute sa sensibilité, sa pudeur et son tact, mais on plonge dans un univers mélancolique. Il y a même un certain malaise qui s’installe au début de la lecture, dû au choix de parler des personnages en « elle » et « tu », choisissant de ne pas révéler leur identité. On avance dans leur monde, on les suit, on les regarde, comme un voyeurisme choisi.

Cette mise à distance de l’identité n’empêche pas à l’auteur de dresser de façon complexe les sentiments des personnages : sans tournures alambiquées, ces sentiments sont très terre-à-terre et n’empêchent pas le lecteur de les imaginer évoluer : une souffrance caractérise « elle », qui devient, dans la seconde partie du récit « Je ». Celle-ci est masquée aux regards des autres, et le personnage tente de mouler sa vie à celle de « Tu » pour maintenir son équilibre de vie, parfois précaire. « Elle » est si peu sur d’elle qu’à certains moments, on aimerait lui dire de se réveiller et de voir le monde sous un angle différent.

Dans leur groupe d’amis, une fois devenu jeunes adultes, elles évoluent, l’une face à l’autre, « Elle » faisant toujours de « Tu » son modèle et sa référence. Jusqu’au drame qui vient bouleverser le groupe et le couple d’amies. Camille Anseaume ne laisse pas son lecteur de côté et l’entraine avec ce groupe, avec douceur et poésie face à la perte.


Un frisson d’enfermement, dans l’univers d’ « Elle ».


Comme indiqué plus haut, on retrouve dans ce livre le charme de l’écriture de Camille Anseaume : sans précipitation, elle dresse un portrait humain, avec ses travers, sans essayer de « mentir » à son lecteur : la réalité, c’est aussi cela : des vies déchirées, mornes et tristes. Mais pour cette histoire, le rythme est lent, monotone : sans timbre ni musicalité, on est directement plongé dans la tête d’ « Elle » pour qui le monde n’est teinté que de nuances de gris. C’est ce qui m’a le plus perturbé durant la lecture, cette impression d’être sur un bateau, sans vent pour souffler dans les voiles.

En second lieu, il y a cette atmosphère d’enfermement, de huit clos. Malgré l’entourage qui revient de façon régulière, on est toujours face aux deux personnages, à leurs choix ou à leurs indécisions.
Le rythme lent et la sensation d’enfermement ne m’avaient pas préparée à la fin qui est venue comme une bourrasque en plein visage. Rien que pour cela, j’ai pris un plaisir incroyable à m’être fait balader d’une sensation à l’autre, m’obligeant à relire les dernières pages pour être sur de ne pas être passée à côté de quelque chose.

L’insouciance de la jeunesse est précise et permet aux enfants de s’épanouir, de grandir, protégés par leur famille, leur monde imaginaire parfois lors des jeux. Une fois adulte, les tourments et douleurs que l’on peut ressentir sont nombreux et les difficultés que nous devront surmonter bien davantage. Mais lorsque glisse dès la prime enfance ces sensations d’être incomplet, incompris, grandir devient un obstacle à lui seul. C’est un peu cette « morale » que je retiens de ce livre, dont je regrette le rythme, mais que je pardonne en fermant ses pages.

En bref :

A lire, à découvrir et s'émouvoir, sans s'arrêter au rythme du tète. Une façon poignante de nous rappeler le précieux de la vie.

Citation :

« C’est l’heure du départ, la fin de l’été. Il faut rentrer. Dans la chambre, je reste transie, incapable de bouger. C’est l’angoisse et les regrets qui me paralysent. Je comprends que je n’ai pas pris le temps de défaire mes valises, ni même de regarder à la fenêtre. Maintenant que je réalise qu’on y voit la mer, il est temps de m’y arracher. Le séjour est passé sans moi. J’étais là, et je ne le savais pas. J’en conçois aujourd’hui une tristesse et une culpabilité infinies, sans commune mesure avec les faits. Tu connais ce rêve étrange que je t’ai souvent décrit. Il m’a hantée chaque nuit pendant des années. Et puis un jour je ne l’ai plus fait. Ce jour-là, j’ai compris que l’été avait duré vingt-six ans. » (Sur la 4ème de couverture).

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Rédigé par Sabrina.

Publié dans #Littérature Roman, #Littérature Drame

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Publié le 14 Avril 2016

Le blog a Un an!!
Bonjour à tous amis lecteurs!

Eh oui, le blog a un an déjà! Il est né en 2013, mais pour des raisons personnelles, il est resté latent jusqu'en 2015 où je me suis décidée à reprendre son activité et partager avec vous mes impressions, mes coups de cœur, mais aussi pour me permettre de voyager dans mes avis : il est toujours difficile de rendre "hommage" à une lecture. On termine le livre, on referme ses pages, mais et après?

Après, le livre a sa vie propre dans notre esprit où il dresse des pans entiers dans notre imagination : des tableaux idylliques, des questionnements, des impressions parfois réelles, parfois imaginées...

Mais au final, les livres sont une ouverture au monde, une ouverture en nous même. alors c'est un peu ma façon de les faire vivre, de revenir et de me souvenir, et de vous donner l'envie, peut être, d'ouvrir les pages de ces livres...

En tout cas, j'ai le plaisir de vous offrir ces deux livres :

"Le géant enfoui" de Kazuo Ichiguro

"La vie quand elle était à nous" de Marian Izaguire.

Ces deux livres ont été des pépites durant l'année écoulée et m'ont permis de découvrir plus encore des auteurs, de leur univers. Les chroniques sont disponibles sur le blog.

Il n'y a pas de partenariat avec ce petit concours. Juste un cadeau de moi pour vous ^^

Pour participer ?

  • Etre inscrit au Blog ou à Instagram
  • Partager cette annonce en profil public sur l'un des réseaux sociaux ou sous cet article.
  • Me faire partager sous cette annonce deux de vos coups de cœur de 2015 (oui je suis curieuse )
  • Concours ouvert à tous
  • 1 gagnant tiré au sort sur le Blog et 1 gagnant sur Instagram
  • Date limite d’inscription : le 7 mai. Annonce du gagnant le 8 mai. Envoi des livres la semaine du 9 mai

A très bientôt Amis Lecteurs ! ^^

Sabrina

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Rédigé par Sabrina.

Publié dans #Concours

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Publié le 14 Avril 2016

Le mal en son royaume

Merci à Cyril Puig de m'avoir permis de découvrir son livre.

Par Cyril Puig, Edition Andromeda, Ebook, Esotérique, thriller, 2015

Résumé :

Chronos, un tueur en série, terrorise Stockholm depuis plusieurs mois. Une unité dirigée par Ossian Peterssen est mise sur pied afin de mettre un terme aux agissements du criminel. Pour y parvenir, Ossian s’entoure de Lennon Christianssen, un ami d’enfance formé au profilage à Quantico et de deux autres flics au palmarès impressionnant : Egon Linberg et Gabriel Hansson.
La publication dans la presse du profil psychologique de Chronos pousse ce dernier à agir. Afin de prouver qu’il n’est pas un pervers comme le suppose Lennon, il kidnappe la fille du profileur et le force à suivre une piste initiatique.
D’une île perdue au milieu des glaces à un club interlope de Stockholm en passant par " le cimetière de la forêt " et une étrange citée onirique, les héros vont rencontrer des diplomates, d’anciens commandos et des artistes mystiques pour découvrir la vérité. Ils vont apprendre à leurs dépens que la réalité n'est qu'un voile d'une extrême fragilité.

Cyril Puig est un façonneur d'histoire. Auteur de nombreux scenario de jeux de rôle dont plusieurs ont été primés (notamment au festival des Utopiales de Nantes en 2011 et 2013), il publie également dans des ouvrages et magazines spécialisés. "Le mal en son royaume" est son premier roman.

Mon avis :

Chronos est un tueur en série traumatisant Stockholm. Tel un jeu de piste macabre, il se moque de la police en leur envoyant un message 72h avant la mise à mort d'une jeune femme, dont le profil est identique les unes aux autres.

Lennon est un policier ayant migré aux Etats Unis, travaillant en tant que consultant. Son coéquipier et ami Ossian le fait venir en renfort dans cette affaire. Lennon parvient à définir un profil du tueur, mais celui ci est divulgué à la presse, et Lennon se retrouve en première ligne de ces horreurs : sa fille est enlevée par Chronos. Un courrier à destination de Lennon et rédigé de la main du tueur. Celui ci provoque davantage Lennon en rejetant les éléments du profil : Lennon se serait il trompé?

La chasse à l'homme débute, et le polar noir prend des allures de fantastique, au point où les angoisses émergeantes à la lecture du livre ont du mal à trouver écho dans la réalité.

"Le mal en son royaume" est le premier roman d Cyril Puig. Et pourtant, l'écriture de l'auteur est travaillée, précise. On sent l'empressement de la situation, et en même temps la volonté de ne pas aller trop vite. Le rythme est ainsi pris en otage dans l'histoire qui s'égrène par étape successive. L'auteur nous laisse le temps de prendre la mesure de l'histoire sans nous précipiter dans différents clichés. On pense à respirer en même temps que les phrases sont lues.

J'ai par ailleurs beaucoup apprécié ce calme presque froid, donnant au roman une atmosphère aussi glacée que le regard de son tueur en série. On est captivé, et on observe une scène délicate se jouer : chaque personnage avance ses pions, et avant que l'action soit menée, le temps dévolu à la réflexion est bien pesé. Il y a une vraie maturité qui ressort de ce texte dont j'ai vraiment apprécié le verbe.

De l'ésotérisme et du fantastique.

Il n'est pas rare de retrouver dans le thriller des mécanismes d'angoisse alliant le religieux et l'ésotérisme. Le Sacré rapproche ou éloigne les êtres humains, mais plus encore, la peur de l'inconnu. Ici, le gnosticisme est longuement expliqué. Le lecteur peut donc suivre le parcours des personnages au fur et à mesure où ils découvriront l'origine de cette peur. Cette dernière est bien travaillée car elle n'est pas directement révélée : les personnages font le tour de la situation, tente de déchiffrer les indices en les plaçant dans la réalité. Mais une autre sensation émerge de la lecture.

L'impression qui domine la lecture n'est pas vraiment la peur. Au contraire, nous restons sur le qui vive, attendant à tout moment de voir débarquer un carrosse de centaure ou toutes autres créatures du mal. J'ai même eu une réminiscence d'une lecture passée : "Le Horla" de Maupassant : nous ne savions pas d'où venait l'appréhension, mais elle était présente. Nous ne savions pas vers quoi les personnages se dirigeaient, mais la crainte était présente. C'est en cela que le thriller est réussi et l'écriture de l'auteur maitrisée : il parvient avec calme à dresser une atmosphère.

Les personnages sont très bien construit, avec des caractères et des terreurs qui leurs sont propres, avec leurs histoires et le poids des années écoulées. J'avais une certaine facilité à me projeter tellement ils me semblaient les "connaître". De plus, leur psychologie est bien construite, laissant peu de failles. Le rôle de Laura aurait sans doute mérité une construction plus profonde, mais peut être est ce également le souhait de l'auteur de ne pas laisser d'éléments à étudier avant le dénouement.

La construction du livre en différents actes dont les personnages seront les éléments principaux m'a beaucoup plus. Ce découpage, loin de mélanger l'histoire, lui permet de s'écouler à son rythme, sans heurt. La fin des chapitres est bien marquée : l'événement qui s'y déroule m'a souvent crispée : on s'attache aux personnages, à leur air taciturne et à leurs interrogations.

La fin du livre a été trop prompte en révélation, mais laisse place à nombres de questions. L'histoire se termine sans se terminer, laissant la voie à un nouveau chapitre? Qui sait...

En bref :

Un premier roman réussi dans la veine du thriller dans une Suède propice à cette atmosphère : la brume enveloppante et les paysages mêlant les visions et la réalité. Un tueur en série qui n'est peut être pas ce que l'on pense au début.

Citation :

" Nous ne sommes que des passeurs vois-tu. Nous n’avons pas été choisis pour aller bien loin. Comme la plupart des nuisibles qui peuplent ce monde, nous ne sommes pas destinés à jouer un rôle de premier plan. Tu le sais n’est-ce pas ? Tu en as conscience. Il n’y a rien de triste à cela, c’est dans l’ordre des choses. Nous sommes des outils et rien de plus. Des rouages de la machine. Mais vois-tu, je ne me doutais pas de l’importance de notre rencontre. Je n’en avais pas pris conscience avant qu’elle ne m’ouvre les yeux. Toi-même, tu ne le sais pas encore. Tu ne peux même pas deviner à quel point chacun de tes actes prendront bientôt un sens sur un plan universel et cosmique. "

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Rédigé par Sabrina.

Publié dans #Littérature Thriller

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Publié le 13 Avril 2016

Jeff Madison et les ombres de Drakmere

Merci à Laure Valentin, traductrice du livre, de m'en avoir proposé la lecture.

De Bernice Fischer, édition Autoédité, Fantasy, Jeunesse, 2016.

Résumé :

Et s’il existait un royaume sombre, forgé sur de terribles sortilèges, avec à sa tête un roi malveillant dont le seul but est d’infiltrer les rêves des enfants du monde entier ? Et si, avec l’aide d’une sorcière maléfique, il parvenait à injecter dans le sommeil de chaque enfant les cauchemars les plus affreux ? Et si, pour cela, la seule chose dont il avait besoin était un garçon en particulier ? Lorsque Matt, le frère de Jeff, est capturé et emporté dans le royaume de Drakmere, Jeff sait qu’il doit le sauver. Mais qui sont ces hommes mystérieux qui se dressent en travers de sa route ? Et que veulent-ils dire quand ils affirment que Matt est un attrapeur de rêves ? Bientôt, Jeff se retrouve face à un choix : il peut suivre les inconnus à travers la porte au clair de lune qui mène vers les dangers de Drakmere ou rester chez lui et courir le risque de ne plus jamais revoir son frère vivant. Le temps presse, car Jeff doit se décider avant que le dernier rayon de lune s’éteigne et que le portail se referme à jamais…

Mon avis :

Jeff et son jeune frère Matt son tous les deux dans la forêt avec leur ami Rhed lorsqu'ils sont attaqués par la brume. Rhed sauve in extremis Matt lorsque ce dernier se faisait emporter par la l'enveloppe brumeuse. N'en croyant pas leurs yeux, ils reprirent une activité normale jusqu'à ce que Matt se retrouve emprisonné dans une transe étrange, incapable de réagir avec la réalité.

Une nuit pourtant, l'enlèvement de Matt se produit sous les yeux de son frère. Un homme tente de l'arracher à cette brume, mais il échoue. Il promet à Jeff de revenir tout lui expliquer et de l'aider à ramener son frère de Drakmere

Madgwick et Rig sont deux guerriers, dont le rôle est de ramener le jeune Matt dans le monde des humains. Ils sont Sandustiens, nés pour protéger les rêves des enfants. Revenant auprès de Jeff, ils lui expliquent leur rôle et l'importance pour eux de trouver la porte qui mènera au royaume de Drakmere. Celle-ci, une fois franchie par les deux guerriers, restera faiblement ouverte laissant le temps à Jeff et Rhed de se décider si oui ou non ils seront du voyage.

Un premier pas dans le monde de la fantasy.

La fantasy est un vaste domaine, difficile d'ailleurs d'en faire le tour complet tant il peut y avoir de choses à découvrir. En un tome, Bernice Fischer parvient à allier l'ensemble des figures de la fantasy : des sorcières au dragon en passant par les guerriers, la magie ou les mondes imaginaires. L'imagination permet d'ailleurs de se projeter plus avant dans l'histoire.

Bien entendu, la lectrice qui sommeille en moi aurait aimé que les personnages soient plus fouillés, moins "lisses" et l'intrigue plus complexe. Mais le livre doit être replacé dans son contexte : il s'agit d'une lecture jeunesse, dont les préadolescents vont pouvoir se délecter avec plaisir et curiosité. L'histoire se compose de différentes intrigues, l'auteur y répond progressivement, ln laissant pas le jeune lecteur dans une attente majeure, mais développera en lui l'envie de découvrir leurs nouvelles aventures.

Ce qui m'a le plus plu, c'est l'aventure tissée entre des enfants et des adultes. Nombre de fois, nous voyons les enfants réussir des quêtes et des aventures seuls, aidés par des adultes de façon disparates comme dans Harry Potter, ou alors sans aucun adulte comme dans Autre Monde. Ces deux dernières sagas s'adressent également à un public plus âgé.

Cependant, la présence des adultes dans ce présent tome n'est pas qu'anecdotique : ils accompagnent, conseillent et rassurent les garçons face aux épreuves et au courage dont ils doivent faire preuve. Force du livre à mon sens, les jeunes enfants auront des repères tangibles pour poursuivre l'histoire.

Les éléments de fantasy sont bien menés : leur apparition n'est ni surchargée ni transparente : le juste poids est donné, sauf peut-être dans la description. Là encore, un jeune public préfèrera des actions plutôt que la contemplation d'une scène. Mais le pays des Sandustiens et de Drakmere manquaient parfois de représentations. Peut-être dans un prochain tome découvriront nous en tournant les pages, ces pays et personnages de l'imaginaire dessinés. Un plus pour ce genre de livre et ce jeune public.

Des personnages attachants.

Je me suis attachée assez vite à Madgwick, guerrier charismatique alliant force et compréhension, qui sera sans nul doute un bon mentor pour Jeff, Rhed et Matt. Il possède le calme nécessaire au combat, mais aussi l'empathie qui le pousse à la protection des enfants, à les comprendre et leur parler comme à un égal.

Les enfants quant à eux sont réfléchis, et très vite font preuve d'assez d'ouverture d'esprit pour faire face aux épreuves et en apprendre plus d'eux même. Angie est pleine d'humour et apporte un grain de folie très appréciable dans cet univers. Quant à Rig... Il a parfaitement la figure du sérieux. Mais qui se déride.

Le style de l'auteur est agréable, le vocabulaire abordable et les tournures de phrase compréhensibles pour le jeune lecteur. Les sentiments sont bien expliqués, et les réponses données de façon régulières afin de ne pas perdre le lecteur dans des événements successifs. Un vrai plaisir pour se familiariser avec cet univers!

En bref :

Une découverte agréable, que je conseille vivement aux parents qui auraient envie de faire découvrir la fantasy à leurs enfants, en apportant d'autres personnages auxquels ils pourront s'identifier.

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Rédigé par Sabrina.

Publié dans #Littérature Jeunesse, #Littérature Fantasy

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Publié le 11 Avril 2016

Trésor, Coup de coeur

Merci aux Editions Envolume et à Aude MONNOYER de GALLAND pour l'envoi de ce livre.

De Alecia McKenzie, éditions Envolume, Roman, à paraître le 10 mai 2016.

Résumé :

Téméraire, butée, rebelle. Dulcinea Evers, jeune peintre coqueluche de New-York, vient de mourir. Mais qui était-elle vraiment ? Au lendemain de ses funérailles jamaïcaines, c'est sa meilleure amie Cheryl qui est chargée de ramener la moitié de ses cendres aux Etats-Unis. Détient-elle la clef de son histoire ?
Tour à tour, ceux qui ont traversé la vie de Dulci s'adressent à elle pour dessiner en creux le portrait dune femme flamboyante… et résolument libre.

Mon avis :

Nous débutons ce voyage au côté de Cheryl qui commence par une phrase qui nous plonge directement dans le vif du sujet :"Cho, Dulci, tu ne pouvais pas te faire enterrer comme tout le monde?".

Dulcinea Evers est décédée des suites d'une maladie. Elle a fait promettre à son amie que ses cendres seraient versées aux deux endroits qu'elle a le plus aimés au monde : sa terre natale, La Jamaïque, et New York. Tenant sa promesse, Cheryl décolle de Kingston vers New York. Durant tout son voyage, elle raconte, en flash back, ce qui a été la vie de Dulcinea, la sienne. Comment elles ont grandi et se sont connues. Comment Dulci est devenue artiste peintre, évoquant son pays et ses racines par des tableaux vifs et puissants. Comment leur amitié a tenu, jusqu'au bout, malgré les différences et la distance.

Dans ce livre, tour à tour ce sont les personnes qui ont côtoyé Dulcinea qui la racontent, évoquant les souvenirs tristes et joyeux, dressant le portrait d'une femme libre, insoumise, dont la capacité à voir le monde les yeux grands ouverts est forte. Les hommes qu'elle a connus et qui se rejoignent dans la description de leur relation respective. Des parents qui connaissent leur fille, mais qui ne se doutent guère de tout ce qu'il y avait derrière la toile de son identité.

Enfin, Cheryl, fil conducteur de l'histoire, reliant les uns aux autres, un pont entre Kingston et New York. Mais au delà de l'histoire de Dulcinea, ces personnes se racontent, en proie au questionnement intérieur et aux interrogations inhérentes aux rôles de parent, d'amis, d'amants. On découvre cette famille, ces liens fragiles, mais forts. Jusqu'à l'épilogue.

Qui suis je ? Qui suis je vis-à-vis des autres?

En découvrant la 4ème de couverture, j'ai été enchantée de me dire qu'il s'agira d'une recherche identitaire : dresser le portrait de quelqu'un est un art lorsqu'il s'agit de peinture, mais lorsqu'il s'agit de révéler l'essence de ce qu'était la personne, cela devient impalpable. Je pensais découvrir la lutte d'une personne pour se frayer un chemin dans le monde, "faire sa place" et la garder.

Pages après pages, on est pris par la houle, tenu par la main de Cheryl qui nous raconte son histoire et celle de son amie. Nous découvrons progressivement tous les secrets que recèle cette famille, toute la complexité des liens qui les unissent. Et pourtant! Pas à un seul moment je n'ai été heurtée ou blessée. Je les ai suivis, compris dans leur démarche respective.

Le talent d'Alecia McKenzie est prenant : Cheryl dresse dans le premier chapitre un portrait nuancé. Elle aborde différentes problématiques sans forcément donner de réponse. Mais peu à peu, lorsque chaque protagoniste prend la parole pour raconter son histoire avec Dulcinea, reprenant de ce fait sa propre histoire, chaque nœud est dénoué. Jusqu'à la dernière page, nous sommes tenus en émoi. Jusqu'à la dernière page, l'histoire se raconte et se vit.

L'écriture, une palette colorée.

C'est en refermant le livre que je me suis rendu compte que je ne l'ai pas lâché. Je n'ai ressenti ni ennui ni lassitude. L'écriture d'Alecia McKenzie est riche, sans être pompeuse. J'ai lu sans lire, comme si je recevais les confidences d'une amie alors que nous nous promenons.

Le lien avec l'art est omniprésent durant le livre. Lorsqu'un personnage parle de Dulcinea, il lui demande comment elle peindrait différentes scènes de sa vie. En lisant le descriptif, je voyais le tableau se peindre sous mes yeux, attiré par les détails que donnait l'auteur, revenant à l'ensemble avant de retracer les lignes plus délicates. J'ai souri, car je visitais une galerie que mes yeux n'avaient pas observées. Un plaisir pour les sens.

La Jamaïque est un pays dont je connais assez peu l'histoire. Les explications données par l'auteur permettent de mieux comprendre les comportements de chacun : le maillage est ainsi complet car une histoire de vie n'est pas uniquement le fait d'événements familiaux, mais se créent en parallèle des événements de notre lieu de vie.

Se plonger dans un livre est une aventure. Mais dès le départ, j'ai été accompagnée, et cette image reste en moi : Cheryl me tenant la main pour me raconter leur vie.

Merci aux éditions Envolume pour la découverte de cet auteur dont il me tarde de découvrir les autres ouvrages. Ce "Trésor" a été un petit bijou à découvrir. ​

A paraître le 10 mai 2016.

En bref :

Un coup de cœur pour une auteur que je découvre, qui m'a chamboulée par ses mots, et m'a fait découvrir une partie de l'histoire de la Jamaïque

👍💕💋

Broché: 182 pages
Éditeur : Envolume
Date de sortie : 10 mai 2016
Collection : LITT.GENERALE
Langue : Français
ISBN-13: 978-2-37114-039-4
16 €

Trésor, Coup de coeur

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Rédigé par Sabrina.

Publié dans #Littérature Contemporaine, #Littérature Roman

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