Ceux qui restent, Coup de coeur

Publié le 1 Juin 2016

Ceux qui restent, Coup de coeur

Merci à Babelio et aux Editions Stock pour la découverte de ce livre.

De Marie Laberge, éditions Stock, sortie le 04 mai 2016, roman.

Résumé :

En avril 2000, Sylvain Côté s’enlève la vie, sans donner d’explications ni à sa famille ni à ses amis. Il ouvre une trappe sous chacun des siens. Ce garçon jeune à qui tout semble réussir disparaît et nul ne comprend.
Des années plus tard, sa femme Mélanie s’accroche à leur fils Stéphane, aujourd’hui devenu un fier jeune homme qui s’égare ; son père Vincent est parti vivre près des arbres muets ; sa mère Muguette a laissé échapper le peu de vie qui lui restait. Seule la si remuante et désirable barmaid Charlène, sa maîtresse, continue de lui parler de sexe
et d’amour depuis son comptoir.
Ce n’est pas tant l’intrigue, si bien menée dans ce suspense psychologique, qui fait la puissance hypnotique du roman de Marie Laberge. Écrivain et dramaturge, elle joue à mettre en scène. Elle place l’absence de Sylvain, présente jusqu’à la douleur, au centre d’une ronde des ses personnages, qui parlent, se déchirent, s’esquivent, dans une langue chahutée, turbulente, hérissée comme une bête, qui charrie les émotions et les larmes, les soleils et les banquises, atteignant le lecteur au cœur.

Mon avis :

Sylvain s’est suicidé. Il n’a pas laissé de mot expliquant son geste, son comportement des derniers jours ne donnaient pas à penser qu’un tel geste allait survenir. Maryline-Lise, son épouse, Vincent, son père, Charlène, sa maîtresse prennent tour à tour la parole et évoque les souvenirs avec Sylvain : son enfance, leur rencontre, leurs ébats. Ils se posent bon nombre de question sur les raisons qui l’ont conduit à ce geste.

Il y a son fils, à qui Maryline-Lise ne parvient pas à dire la vérité, qui grandira sans son père. Vincent devient alors une figure masculine importante, passant du temps avec eux, sans questionner, sans passer son temps à revenir sur cette perte tragique. Sa vie a été entachée par la solitude très tôt : elle a été élevée sans père ne sachant qui il était. Ses conditions de vie n’étaient pas roses avant la rencontre avec Sylvain. Ils se mariaient lorsqu’elle tomba enceinte.

Son père Vincent se raccroche et essaye de comprendre. Il va jusqu’à rencontrer chaque personne qui a fait partie de la vie de son fils, il posera des questions, tentera de trouver des raisons pouvant expliquer ce geste.
Charlène est plus écorchée dans son discours, l’auteure utilisant un québécois parlé et parfois vulgaire. On se rapproche de sa souffrance, tant elle tente de la mettre loin d’elle.

Sa mère, perdue depuis son décès n'est plus elle même. Elle ne se raconte pas, son mari s'en charge pour elle, le narrateur également.


Face au suicide d’une personne proche, sans mot ni explication, les interrogations finissent par abreuver le quotidien : pourquoi a-t-il fait ça ? La famille et les amis se trouvent désemparés. Mais chacun a sa propre façon de réagir face à ce deuil brutal. Aussi difficile que la perte de l’être aimé, le silence entourant sa disparition provoque des sentiments divers chez chacun : culpabilité le plus souvent des cas, colère, incompréhension.

Commencer un roman par : « Tu baisais comme un enragé, comme une bête enragée. Ça me convenait. Disons que les minou-cheries, C’était pas ton genre. A l’époque, je me posais pas de questions. Je voulais juste être sûre que je faisais bander »… C’est un peu rude. Et pourtant ! Lorsque Charlène prenait la parole, je comprenais qu’elle ne faisait pas semblant, pas de chichi, elle parlait comme elle vivait. Le parlé québécois comme je l’ai souligné plus haut et le langage parfois vulgaire donne une couleur différente lorsqu’elle prend la parole. On navigue entre ce phrasé et la souffrance lorsque son père prend la parole.


Le grand absent est un personnage central.

Sylvain est le grand absent du livre, mais il en est également l’un des personnages principaux. On découvre sa vie au fil des pages racontée par son épouse, son père, sa maîtresse. On le devine, sans jugement, mais toujours dans une incompréhension latente. Il est l’élément qui déclenchera le chamboulement de plusieurs vies. Dont celle plus particulièrement de sa maman qui perd ses repères et sa raison progressivement.


Une écriture haute en couleur.

Je découvre le style de Marie Laberge. Je n’en suis pas déçue, n’étant pas habituée aux lectures plus « crues », j’ai été choquée, interloquée, surprise, méfiante, attendrie, stupéfaite, peinée, abasourdie… Bref, j’ai vécu le roman en passant par différentes couleurs émotionnelles. L’effet de nouveauté pour moi sans doute, mais aussi ces personnages simples, parlant du quotidien, exprimant juste ce qu’ils sont et ressentent. Les livres ne doivent pas être uniquement des livres incroyables avec des histoires grandioses. Parfois, le quotidien est tout aussi riche.


L’humain.

Au centre de toutes cette histoire, les relations humaines sont mises en avant : les liens qui se nouent, les incompréhensions que l’on oppose, mais surtout la vie après ce drame : Ceux qui restent, que font ils de leur vie ? Il faut la poursuivre, mais lorsque la raison du geste est inconnue, la frustration est grande. Mais la leçon de vie également.


Un coup de cœur pour les émotions qu’il m’a fait vivre.

En bref :

Coup de cœur ❤💕. Un livre qui est plus qu'un livre. Découvrir dès le départ cette prose atypique. Je n'y suis pas habituée et j'ai adoré. Ce rythme, ces vies qui se croisent et qui ont de commun cette incompréhension et cette souffrance de perdre quelqu'un... que dire aussi de tous ces sentiments exprimés de façon si bruts et si réels. Marie Laberge a malmenée mes sentiments et mes émotions avec délice. On y parle d'amour, on y parle de perte et on y parle de la VIE.

Rédigé par Sabrina.

Publié dans #Littérature Roman

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