Cris

Publié le 15 Mai 2016

Cris

De Laurent Gaudé, édition Actes Sud, 2004, Histoire.

Résumé :

Ils se nomment Marius, Boris, Ripoll, Rénier, Barboni ou M'Bossolo. Dans les tranchées où ils se terrent, dans les boyaux d'où ils s'élancent selon le flux et le reflux des assauts, ils partagent l'insoutenable fraternité de la guerre de 1914.
Loin devant eux, un gazé agonise. Plus loin encore, retentit l'horrible cri de ce soldat fou qu'ils imaginent perdu entre les deux lignes du front, " l'homme-cochon ".

A l'arrière, Jules, le permissionnaire, s'éloigne vers la vie normale, mais les voix de ses compagnons d'armes le poursuivent avec acharnement.

Elles s'élèvent comme un chant, comme un mémorial de douleur et de tragique solidarité. Dans ce texte incantatoire, l'auteur de La Mort du roi Tsongor (prix Goncourt des lycéens 2002, prix des Libraires 2003) et du Soleil des Scorta (prix Goncourt 2004) nous plonge dans l'immédiate instantanéité des combats, avec une densité sonore et une véracité saisissantes.

Mon avis :

La Première Guerre mondiale. L'Homme est en capacité de construire de grandes choses, d'écrire, de philosopher, de protéger. Mais il est capable d'atrocités sans noms, laissant des traces immuables dans la mémoire collective. Et pourtant, elle devait être la "Der des Der".
Plongeant dans ce livre, j'ai été happée par la profondeur, la simplicité du texte et l'émotion palpable à chaque page. Il n'y a aucune description de bataille, pas de grands mouvements militaires. Il y a ces hommes, venant de tout horizons. Marius, Boris, Barboni, M'Bossolo... Ces hommes que tout sépare et qui sont frères d'armes.

Ils nous parlent, explorent leurs mémoires, leurs émotions, leurs visions. Leur incompréhension est grande de voir ce monde de boue dans lequel ils évoluent : ces tranchées, construites parfois comme par automatisme. La vie à l'intérieur, c'est se terrer, comme un ver de terre, ne plus ressembler à un homme hormis dans la forme, tellement la terre macule les vêtements et les visages. Ont ils seulement encore une identité propre ?
Laurent Gaudé rend hommage à ces hommes qui ont vécu l'indicible. Encore une fois, ce témoignage est intéressant dans sa forme, car il met en lumière les soldats de première ligne et pas les stratégies militaires. Tour à tour, il donne la parole à chacun des personnages, des paragraphes courts permettant de dresser les sentiments, de suivre le conflit de leurs yeux.

L'écriture est toujours aussi précise et emplie d'émotions :

"J'apprends à détester la pluie. Elle se glisse partout. Je la sens le long de mon échine. Je la sens me geler les chairs. Aucun moyen de s'y soustraire. Aucun moyen de se sécher. Il faut accepter d'être inondé en permanence. Attendre les ordres. La terre autour de nous, la terre rugueuse et solide pour laquelle nous nous battons, prend des airs de marécage. Tous les trous d'obus s'emplissent de vase. Les parois des tranchées suent de la boue."

Larent Gaudé a une plume que j'affectionne tout particulièrement. Vous trouverez également l'avis sur le blog de "Sous le soleil des Scorta".

En bref :

Un livre pour se souvenir, un livre pour s'émouvoir, un livre pour ne jamais oublier. Elle devait être la "Der des Der".

Rédigé par Sabrina.

Publié dans #littérature Histoire

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