Blasmusikpop

Publié le 6 Septembre 2015

Blasmusikpop

De Véa Kaiser, édition Les Presses De La Cite, 2015, Roman

Résumé :

Johannes se destinait à autre chose qu'à cette vie de villageois à moitié attardé. Son grand-père, déjà, avait quitté Saint-Peter-sur-Anger pour aller étudier la médecine en ville – et plus particulièrement le développement des vers solitaires ! – avant de revenir pour s'y établir comme médecin. C'est lui qui a communiqué à Johannes son goût du savoir et sa passion pour Hérodote, qui font de lui un parfait original dans ce microcosme alpin où lire un livre est considéré comme hautement suspect. Ainsi, lorsque Johannes, qui est parvenu lui aussi à partir, rate son baccalauréat, c'est le drame : il doit retourner au village, parmi les « barbares ». Et le jeune homme ne tarde pas à se faire embrigader, bien malgré lui, dans l'un des événements majeurs de la vie de Saint-Peter : la venue du grand club de foot hambourgeois Sankt Pauli

Mon avis :

Merci à Babélio et aux éditions Presse de la Cité pour ce partenariat dans le cadre de la masse critique sur le site de Babélio.

Dans un coin reculé d'Autriche, dans les montagnes, se trouvent Saint Peter sur Anger : la population, vivant quasiment recluse, se protège du monde extérieure par une soif d'appartenance au village, au groupe, très importante.

Un jour, Johannes Gerlitzen se décide à se débarrasser d'un ver solitaire qui lui cause moult soucis physiologiques. Cet évènement est un déclic pour lui et il se décide de quitter sa femme, sa fille venant de naitre et son village pour aller à la ville et étudier la médecine. Cette étape est vécu par le protagoniste comme salutaire et bénéfique pour son village : en effet, il y reviendra quelques années plus tard en tant que médecin, et s'installera dans ce village.

Sa fille grandit, et il souhaite pour elle un mariage heureux, mais pas avec n'importe quel villageois : toutefois le cœur à ses raisons que la raison ignore, elle épousera l'homme dont elle est amoureuse. Naitra alors Johannes : un petit garçon réservé, dont l'éducation sera prise en charge par son grand père.

Docteur Papi, comme l'appelle affectueusement Johannes, tente de lui apporter les clefs pour vivre en "civilisé" : les leçons d'histoire naturelle sont aussi importantes que le vocabulaire : le grand père refuse que son petit fils ne s'exprime qu'en patois, car il n'y a que les barbares qui s'expriment ainsi.

Johannes grandit, avec un sentiment d'incompréhension et de distance entre ce village et lui. Son entrée au Lycée le transporte de joie. Mais lorsqu'il rate son baccalauréat, une flamme s'allume en lui et son historien préféré, Hérodote, devient son mentor.

J'aurais sans doute eu quelques réticences à lire ce livre de moi même en furetant en librairie. Je suis d'ailleurs bien heureuse de m'être aussi bien laissée transporter par la plume de l'auteur. Il ne s'agit pas uniquement d'un livre sur les péripéties d'un village niché en haute montagne, il y a une vraie interrogation sur l'idée d'appartenance, l'identité par rapport au groupe et dans le groupe.

La plume de l'auteur est ici bien différente de ce que j'ai déjà rencontré : parfois haché, on a cette impression d'entendre l'histoire racontée par les villageois, attablés au café, égrenant chacun son tour les souvenirs. Le phrasé est riche, parfois un peu trop discontinu et on s'oblige à relire quelques phrases pour être sûr de l'avoir bien comprise. Cependant, cette façon toute scientifique de raconter l'histoire permet en même temps de donner sens à ce que vit le jeune Johannes sur la fin du livre : on lit ce livre comme si nous même étudions les us et coutumes de ce village.

Le petit bémol, mais cela me concernant personnellement, c'est l'énonciation continue des noms de famille et des liens parentaux entre tous les protagonistes. S'y retrouver devient difficile, mais les répétitions aidant, on se repère.

Le sentiment d'appartenance, l'identité sont des thèmes majeurs du livre. Les personnages se posent également cette question : la volonté de Docteur Papi de rester dans son village en tant que médecin n'est aucunement pour montrer sa réussite : mais principalement parce que le village a besoin d'un médecin.

On fait partie d'une famille par un père, une mère, grands parents, oncle tante et ainsi de suite. Ici, on nous démontre que la famille peut être élargit au village entier : les fêtes et rassemblements servent à consolider les liens, ainsi que les différents mariages.

Mais quelle en est la limite? Ne pas s'ouvrir au monde et se rassurer en s'entourant de personnes que nous connaissons et aimons et qui partagent nos idées, cela s'apparente à du communautarisme. J'ai d'ailleurs eu cette impression que cette jeune auteure pointe du doigts ces dangers : on peut être proche de sa famille, de son village, de ses convictions, mais il ne faut pas oublier de s'ouvrir au monde. C'est doute cela la clef du partage, de la connaissance et de la tolérance : il suffit d'une personne pour changer les choses, en bien ou en mal.

En bref :

Une vraie admiration pour le talent de cette auteur. Véa Kaiser signe un premier roman captivant, étrangement interessant, dressant le visage d'un village attachant. Original et créatif dans son ensemble, ce livre ne passera pas inaperçu!

Rédigé par Sabrina.

Publié dans #Littérature Roman

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