Peau de papier

Publié le 30 Mai 2015

Peau de papier

De Nadine Monfils, édition L'Arganier, 2005, Récit.

Résumé :

Ouvrez-moi.

Mon livre, je veux dire moi, n'existera que par votre regard; vous êtes libre de faire de moi ce que vous voulez. Vous pouvez caresser mes pages, les chiffonner, les déchirer, les brûler, les trouer et y enfoncer votre doigt, votre langue, votre sexe; vous pouvez commencer par la fin pour me faire mourir plus vite ou bien relire et relire pour qu'ainsi je renaisse autant de fois que vous le souhaiterez. Je ne suis qu'un objet entre vos mains, alors laissez-moi vous regarder droit dans les yeux, prendre des airs de panthère ou de licorne, d'oiseau des îles ou de chat velours, pour continuer à exister au-delà de votre volonté.

Mon avis :

Impression mitigée sur une lecture étrange : à la fois addictive et difficile, Nadine Monfils s'effeuille au rythme des pages tournées. Il ne s'agit plus d'un livre, ni même d'un récit : l'auteur se livre et le livre est elle même : vibrante et toute en émotion. Difficile de résumer un livre qui n'en est pas un.

En mettant en exergue tous les sens du lecteur, Nadine Monfils commence son livre par une phrase qui résume à lui seul ce que contient le livre :

"Ceci n'est pas un livre, c'est un morceau de moi éparpillé entre vos doigts.".

Que de passions ensuite et de prose dithyrambique : le verbe est utilisé avec brio et l'écriture si soigné et impudique qu'elle en relève par moment de la sensation : toucher un livre, le sentir, le regarder sous les moindres plis.

Passé la première page, on se rend vite compte qu'il s'agit d'un autre univers, d'un style unique, et d'une verve incroyable. Les tournures de phrases sont poétiques et compliquées. Une force supplémentaire à cet ouvrage, est l'interpellation du livre au lecteur : il nous parle nous intrigue et nous force dans des retranchements, mais en même temps nous fait reculer et nous prévient toujours qu'il ira plus loin.

"Venez, on va danser. Je veux m'enivrer, piétiner l'absence qu'il crée en moi, écraser les silences pour leur faire dire des mots ronds qui tournent autour d'eux-mêmes, des mots-fleuves qui roulent dans la bouche et déversent un roman qui pourrait se résumer en un seul mot : "Je t'aime". "

Déclaration romantique avec force et tumulte, ce livre se confesse, et en même temps on se sent piégé dans des confidences inattendues, tel un amour dont on ne peut que s'enivrer.

Une impression mitigée car par moment, cette idée lancinante de ne pas être à ma place. Une appréhension à tourner la page tellement les sensations qu'il fait naitre sont diffuses et étonnamment élaboré. Un livre qui, comme j'aime m'interpelle, m'étonne et me réveille, mais en même temps me force à une impudique curiosité. Nadine Monfils a encore réussi à m'étonner avec un livre en montagne russe : appréhension, excitation, crainte, joie...

En bref :

Une lecture différente qui se suffit à elle même pour étonner et intriguer. Ouvrez ce livre, il a beaucoup de choses à vous confier.

Rédigé par Sabrina.

Publié dans #Littérature Récit

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